Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

vendredi 16 septembre 2016

2017, en avant toute … pour une catastrophe écologique

"Il est étrange de regarder l’état de notre planète et les préoccupations de nos hommes politiques." Nous dit Philippe Torreton dans le journal l'Humanité du 9 septembre 2016. Barbara Pompili précise la pensée dans le Libération du 15 septembre, "Dans la séquence électorale qui s’engage, les questions environnementales ne font pas l’actualité. Pourtant, les candidats à la primaire de la droite préparent en silence un grand retour en arrière."

Déjà en février Luc Chatel, avait prévenu "Les Républicains doivent être le parti du principe d’innovation plus que du principe de précaution, le parti du gaz de schiste, des OGM, des biotechs". De son coté, dans sa région, Xavier Bertrand, abandonne le soutien aux énergies renouvelables et notamment à l’éolien. "Comble de la régression, poursuit Barbara Pompili, voila Nicolas Sarkozy qui nie l’impact des activités humaines sur le réchauffement climatique ! Celui qui avait commencé son quinquennat en recevant Al Gore en est aujourd’hui réduit à singer Donald Trump...". Ainsi donc, Nicolas Sarkozy, ce populiste, arriviste et opportuniste, en saurait plus, sur l'évolution du climat global, que tous les scientifiques du monde. Prochaine étape : la Terre est plate, le Kraken existe et la Terre ne tourne pas sinon les avions ne pourraient pas atterrir... "Ne nous y trompons pas, termine Barbara Pompili : un retour de la droite au pouvoir en 2017 ne marquerait pas, sur le plan environnemental, un coup d’arrêt, mais bien un retour en arrière sans précédent."

De leur coté, dans les territoires, la droite appel, au nom de la productivité et de la compétitivité à la poursuite de la fuite en avant. Inutile de rappeler l'activisme maladif de Bruno Retailleau pour voir le béton couler à Notre Dame des Landes ou bien les fermes-usines, les exploration du sous-sol, les incinération des déchets, les aéroport et lignes à grande vitesse, les centres de loisirs mégalos, les petits et grands projets inutiles et imposés qui fleurissent sur nos territoires et qui font, chaque jour, reculer le vivant devant le béton. Rappelons Roybon, un village vacances « Center Parc » qui doit artificialiser 202 hectares de zone humide ou bien encore EuropaCity, The complexe « ludo-touristico-commercial » du futur qui est vu comme un pôle d’attraction international : 31 millions de visiteurs par an (14,2 à Disneyland Paris), 230 000 m² de surface commerciale, 500 boutiques, 2 700 chambres d’hôtel, un parc aquatique, un cirque, des montagnes russes, un immense parc à neige (3 fois celui de Dubaï) et surtout la destruction des dernières terres agricoles proches de Paris, parmi les plus fertiles d’Europe. De tout cela, la droite en est et en sera l'ardent promoteur comme le prouve l’actuel activisme des élus de droite d’île de France qui œuvrent pour achever le bétonnage du plateau de Saclay. En effet, souvenez vous, l'île de France s'est portée candidate pour accueillir l'exposition universelle de 2025… mais pas à Paris … un des lieux possibles serait le Plateau de Saclay et ses terres agricoles en partie sanctuarisées. Il faut, dès lors, 50 ha pour cette future verrue ! Lors d'une réunion d'aglo, le 15 Septembre 2016 au soir, le maire de Verrières-le-Buisson, Thomas JOLY a été le seul Maire à exprimer des réserves aux cotés de la première adjointe d'Orsay. En revanche les maires de Bures sur Yvette, d'Igny et de Palaiseau ont fait des interventions fortes de soutien à la venue de cette exposition sur le Plateau, prétextant que cela accélérera l'arrivée du métro ! … qui, lui même, du propre aveu du commissaire enquêteur dépêché, à l'époque, sur l'enquête du cluster Paris-Saclay, accélérera l'abrogation de la protection des 2300 ha de terres agricoles et forestières, permettant, de fait, la poursuite du bétonnage du Plateau de Saclay. Car c'est bien connu, en France, les espaces naturels sont protégés jusqu'au premier projet de destruction.

Profitez bien, bande de bobos allumés et rêveurs, des derniers espaces encore non urbanisés de notre territoire car ce n'est pas avec la régression écologique, promise par la droite, que nous pouvons espérer autre chose que du béton, du béton et encore du béton.

Ainsi, la vue de l'arrivée, plus que probable, de la droite en 2017, on se dit que les Socialistes, avec leurs renoncements sociaux et environnementaux, auront bien préparé le terrain de la catastrophe écologique républicaine. Chapeau bas les artistes !

Mais laissons les mots de la fin à celui qui avait commencé ce texte, Philippe Torreton car, comme à son habitude, son franc parlé est salutaire.

"Il est étrange de regarder l’état de notre planète et les préoccupations de nos hommes politiques. C’est un exercice, si vous le faites, qui peut affecter durablement votre moral. Nos hommes politiques pourtant lisent des rapports alarmants sur l’état de notre planète, ils regardent comme vous et moi des documentaires, ils se font interpeller souvent, reçoivent des pétitions, ils sont informés, aucun d’entre eux ne peut affirmer ignorer les dangers qui pèsent sur la planète et qui autorisent des scientifiques tout à fait sérieux à estimer la fin de plus en plus probable de l’espèce humaine. Cette ignorance n’est donc plus permise car elle n’est plus possible, ainsi chaque député, chaque sénateur, chaque eurodéputé, en votant une loi ou un amendement qui va à l’encontre des intérêts écologiques de l’humanité, sait ce qu’il fait. Chaque vote électronique à main levée ou à bulletin secret n’allant pas dans le sens d’un impératif environnemental est donc une décision prise en toute âme et en toute conscience par le délégué européen ou national qui le fait.

Le modèle économique qui consiste à retrouver de la croissance à tout prix est périmé et surtout dangereux, dangereux non seulement pour les acquis sociaux, mais pour le devenir de l’humanité, car cette croissance repose sur un monde consommant et c’est précisément ce monde qui est pénalisant pour l’espèce humaine. La campagne présidentielle qui nous pend au nez ne sera pas centrée autour de l’écologie, il y sera question de migrants, de sécurité et de flexibilité dans les entreprises, le futur président peut être tranquille, il n’aura à faire preuve d’aucun courage, d’aucune vision d’avenir pour la planète. Il pourra faire sa petite popote néolibérale ou sociale-démocrate bien pépère, calé dans son fauteuil aux quatre pieds cloués… À moins qu’une catastrophe climatique ne s’abatte sur le pays dans les prochains mois, il en sera ainsi et il en sera ainsi encore longtemps car les Verts, chez nous, sont tombés dans tous les pièges du pouvoir et de la lutte pour y arriver. Il en sera ainsi car un homme ou une femme politique qui s’émouvrait de la disparition prochaine des gorilles par exemple serait instantanément certain de ne remporter aucun scrutin.

C’est pour cela que j’en appelle aux catastrophes, je m’en remets à la nature et à ses colères, j’appelle la pluie, le vent, le sable à nous venir en aide, j’implore les mers et nos océans à bomber leurs poitrines, la raison nous reviendra lorsque nous aurons un genou à terre, lorsque nos visages pleins de poussière laisseront voir des yeux suppliants, vous savez, ces mêmes yeux dont nous avons confié la gestion à la Turquie pour 6 milliards d’euros."

jeudi 8 septembre 2016

Rentiers : 35 - Smicards : 0

Il y a des médailles d'or dont on s’honore et celles que l'on dissimule sous le tapis. Dans la seconde catégorie, on classera la médaille d'or des dividendes versés aux actionnaires. 

La France y a été sacrée championne d'Europe pour la troisième année consécutive, excusez du peu. 

Sur le Vieux Continent, aucun autre pays n'a réussi à atteindre les 35 milliards d'euros distribués par les groupes du CAC40 en 2016. Cela représente une hausse de 11,2% en un an, à comparer avec celle du SMIC net mensuel, qui a augmenté de 0,5% en un an, soit 5,6 € de mieux entre janvier 2015 et janvier 2016. On ajoutera que le Smic n'a connu aucun coup de pouce depuis quatre ans au nom de la « Compétitivité » des entreprises, nouveau mantra réunissant, dans un même chœur, les ténors de la droite décomplexée et les petites voix de la Gauche complexée. 

Il faut croire que les sommes exorbitantes versées aux rentiers sont des bienfaits du ciel, comme les petits pains que le Christ distribua aux disciples. 

La croissance de la France a été nulle aux deuxième trimestre. La production industrielle n'a toujours pas retrouvé son niveau de 2008. Le chômage ne bouge qu'à la marge. Le commerce extérieur boit la tasse. Les émissaires du Medef tendent la sébile à l’état pour obtenir de nouveaux subsides publics, en expliquant que les entreprises sont étranglées, qu'elles ne peuvent équilibrer leurs comptes et qu'il faut alléger les « charges » qui fondent pourtant le pacte social à la française. Or pendant ce temps, les sommes versées aux actionnaires alimentent un puits sans fond, et nul n'en parle.

Il est de bon ton de fustiger les « assistés » et d'assimiler les pauvres à des profiteurs sans foi ni loi. Mais jamais on ne dénonce les prébendes des actionnaires, ces assistés de la finance. Jamais on ne s'interroge sur le coût du capital qui freine l'emploi, l'investissement et la recherche. En vertu de la vulgate qui tient lieu de prêt-à-penser, les rentiers ont des privilèges comparables aux droits seigneuriaux de l'ancien régime. 

En son temps, Keynes voulait « euthanasier les actionnaires ». Il disait : « Nous serions capables d’éteindre le soleil et les étoiles parce qu'ils ne rapportent aucun dividende. » Aujourd'hui, Keynes serait passible du tribunal pénal international pour crime contre l'esprit.

Par Jack Dion - Marianne n°1013 du 2 au 8 septembre 2016 page 33
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lundi 5 septembre 2016

Effondrement financier, économique, écologique, démographique, énergétique...

Le point de vue de Gaël Giraud,
Chef économiste de l'AFD,
sur les problèmes économiques, financiers, écologiques,
environnementaux, migratoires... au niveau global...

lundi 4 juillet 2016

NDDL : Nous avons perdu la consultation du 26 juin, avons-­nous, pour autant, perdu tout droit à nous opposer ?

Enseignante, maire de Bouguenais (44) et maman de plusieurs enfants, conseillère générale de Loire-Atlantique chargée de l’environnement, cela fait près de 40 ans que Françoise Verchère accumule les responsabilités depuis sa commune du sud de l’agglomération nantaise. Françoise Verchère est particulièrement connue, aujourd'hui, pour sa résistance au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et est l'auteure d'un livre accusateur sur le sujet "la fabrication d'un mensonge d'Etat". Ci-après elle nous livre, sur la consultation du 26 juin dernier, une tribune, comme à son habitude, d'une pertinence remarquable et bizarrement reprise par aucun journal. Je me permets donc de vous la livrer là, n'hésitez pas à partager.

Depuis le 27 juin, on entend en boucle cette critique prévisible : « Vous avez perdu, vous devez respecter le suffrage universel, vous portez un mauvais coup à la Démocratie en continuant votre opposition. »

Cette réaction n’est pas étonnante, elle paraît même au premier abord « logique », mais pour ne pas rester à la surface des choses, la pensée mérite toujours un peu de temps, de raisonnement et plus de 140 caractères… Essayons donc d’y voir plus clair.

Première critique : on nous renvoie à l’épisode encore douloureux du referendum de 2005 sur la constitution européenne. Le peuple vote « Non », et l’on bafoue son vote quelques mois plus tard en faisant adopter par le parlement le traité de Lisbonne qui permet l’essentiel de ce qui était inscrit dans la constitution refusée. Que ce scandale démocratique réel soit utilisé pour discréditer notre position est d’une parfaite mauvaise foi. J’ai pour ma part quitté à ce moment ­là le Parti Socialiste avec les conséquences que l’on sait. Ceux qui nous rappellent au respect de La Démocratie aujourd’hui peuvent-­ils d’abord me rappeler leur réaction écrite, orale ou les actes qu’ils ont posés à ce moment-­là ? Juste pour mémoire. Cela devrait en inciter quelques­ uns à plus de modération, voire au silence
Sur le fond maintenant : la consultation du 26 juin était une consultation pour avis, pas un referendum (extrait de la lettre reçue par chaque électeur : « Cette consultation a la valeur d’un avis. ».) Un avis n’engage pas et n’a pas valeur de loi. D’ailleurs, c’est ce que nous expliquent régulièrement les autorités qui ont balayé d’un revers de la main l’avis négatif du Comité de scientifiques chargés d’évaluer la méthode de compensation, l’avis négatif par voie de conséquence de la Commission d’enquête publique au titre de la loi sur l’eau, l’avis négatif du Conseil National de Protection de l’Environnement, l’avis négatif du Conseil Supérieur du Patrimoine naturel. Tout récemment et sur un autre sujet, le gouvernement a déclaré d’utilité publique la ligne LGV du Sud­ Ouest malgré l’avis négatif de la commission d’enquête. Qui s’en scandalise ?

Admettons pour le raisonnement que l’avis du peuple ait plus de poids. L’avis du peuple abolit­-il la loi ? NON. La question posée n’étant pas « Êtes-­vous pour l’abolition de la loi sur l’eau ? », tout le monde conviendra que même si le peuple dit vouloir un nouvel aéroport, ce désir ne peut effacer les règles fixées par la loi. Visiblement, cela n’a pas l’air d’émouvoir ceux qui ne cessent de nous rappeler au respect des règles républicaines. A ce jour le résultat de dimanche ne fait donc pas du projet de NDDL un projet légal, ni au niveau national ni au niveau européen.

Seconde critique : on nous dit que, si nous n’acceptons pas de jeter l’éponge, nous n’aurions pas dû participer à la consultation mais appeler au boycott. Quelqu’un peut-­il me donner l’exemple d’un boycott réussi de consultation populaire ? Certes la participation aurait été en baisse mais des électeurs se seraient évidemment déplacés pour voter non. Le score final aurait parfaitement convenu au gouvernement car on oublie bien vite le taux de participation de toute élection. La remplaçante de JM Ayrault a été élue dernièrement par 14,5 % des électeurs, compte tenu du taux d’abstention ; la voit­-on douter un instant de sa représentativité ?Nous étions piégés de toute façon : le périmètre de la consultation a été choisi pour que le OUI l’emporte, à partir d’un sondage. Participer, c’était perdre et nous avons perdu mais en faisant baisser le score du Oui par rapport au sondage. Ne pas participer, c’était perdre aussi. Et dans ce cas que n’aurions ­nous entendu sur notre peur de passer par les urnes et notre refus de la démocratie ? !

C’est pourquoi nous avons dit dès le début collectivement que nous participerions mais que le vote ne nous engagerait pas à arrêter toute contestation ( cf supra, sur la légalité du projet).

Sur le principe même d’une consultation : en mars 2015, lors de notre audition par la commission spécialisée d’Alain Richard, nous avions dit notre méfiance sur le principe d’une consultation en ces termes : « Le Président de la République a évoqué le recours au referendum pour trancher des situations bloquées. Est­ce une bonne solution ? Nous sommes circonspects sur cette proposition car les questions que pose un referendum sont nombreuses : le périmètre, la formulation de la question (pour ou contre un projet ou bien un choix entre plusieurs solutions ?) le temps de l’information de la population, les moyens matériels et financiers donnés aux parties présentes, tout peut être sujet à débat… et à
La France n’a pas la culture de la « votation citoyenne » contrairement à la Suisse. Dès lors proposer un referendum in fine n’est-­ce pas surtout révélateur d’un sérieux déficit de concertation et de débat en amont ?

Bien que félicités pour notre travail d’analyse, nous n’avons évidemment pas été entendus. Et toutes nos craintes ont été confirmées : périmètre biaisé, pas d’alternative alors que le rapport des experts de Ségolène Royal aurait dû servir de point d’appui à la consultation comme l’avait promis la ministre, information de la population de manière discutable pour le moins, utilisation anormale de moyens publics (bulletins municipaux, site internet et extranet, position des maires). Inutile au demeurant de se lancer dans un contentieux post­électoral, nous n’avons aucune chance de gagner. Où sont les dénonciations de tout cela par les zélateurs de la Démocratie ?

Dernière critique déjà entendue : il semble qu’on ne puisse plus utiliser le simple mot de résistance sans se faire reprocher de bafouer les héros de La Résistance. Qu’on ne puisse plus non plus rappeler que légalité et légitimité sont parfois en opposition. Qu’à part contre une dictature à la Pinochet (chacun mettra le nom du dictateur de son choix), seule l’obéissance serait de règle, parce que c’est pire ailleurs et que malgré tout « on est encore en démocratie ». Même si notre
« démocratie » est malade gravement, même si ceux qui se gargarisent du mot le vident de son sens et de ses valeurs, même si petit à petit nous allons vers une démocratie d’apparence, comme dans les meilleurs romans d’anticipation… Pour un peu, c’est nous qui serions coupables de la montée du Front National, du climat social dégradé, et peut-­être même de l’échec de la lutte contre le terrorisme…

Il y aurait tant à dire… et le bac de philo est derrière nous. Qui se soucie de la philo du reste ? En quelques mots cependant : Antigone et Créon sont les figures de l’affrontement entre légalité et légitimité (bien avant De Gaulle et Pétain !). Or Créon n’est pas un tyran, ni un nazi avant l’heure. Il veut la paix pour sa ville, après les affrontements meurtriers entre les frères d’Antigone ; il pense que le bien public et la restauration de l’ordre nécessitent qu’il y ait un bon et un méchant (pour édifier le peuple qui ne vote pas à l’époque), d’où son refus de la sépulture pour un des frères d’Antigone. D’où la rébellion de cette dernière. Au nom d’une valeur pour elle supérieure : son respect des rites funéraires.

Ce qui fait que nous maintenons notre opposition et notre résistance au nouvel aéroport, c’est précisément que la consultation ne fait pas de NDDL un bon projet, ni un projet anodin. Le réduire à la destruction de quelques hectares de terres agricoles, sans plus de conséquences, est un raccourci édifiant.

Mes valeurs supérieures à moi, qui ne me suis jamais prise pour Antigone, sont les suivantes : la recherche de la vérité, le refus de la destruction irréversible, le respect du vivant. Et si je me bats avec tant d’autres pour les tritons de NDDL, ou pour la poignée d’agriculteurs qui y restent (pour reprendre la moquerie habituelle des pro­aéroport), c’est parce que je ne peux plus regarder mes tout petits­enfants sans être terrorisée, à tout point de vue, par le monde que nous allons leur laisser.

Françoise Verchère, coprésidente du CéDpa

mardi 28 juin 2016

NDDL, pour nous ce sera toujours NON !!!!

Écologistes et amoureux de l’environnement, scientifiques et habitants de Notre-Dame-des-Landes se réveillent avec le mal de crâne. La stratégie du gouvernement, à travers une consultation contestée au Conseil d’État, aura fini par payer. Le « Oui » à l’Aéroport de Notre-Dame-des-Landes l’emporte avec l’abstention de la moitié de la population. « Une bien mauvaise nouvelle de plus pour la biodiversité qui n'en a pas besoin. » nous dit Nicolas Hulot


Il est bon, en préambule, de rappeler que CE pseudo-référendum n'a JAMAIS été demandé par les opposants et que ses modalités et périmètre n'ont jamais été discutés ni négociés. Ce n'était pas négociable, c'était un dictât. Pourtant, en démocratie, pour que le résultat d'un vote soit accepté , il faut que le processus de vote le soit aussi. Et ici, l'aire de vote, réduite au seul département de la Loire Atlantique, a été choisie pour justement choisir le résultat du vote. Pour que cette consultation ne puisse pas être contestée, il eu fallut trouver un consensus dans le corps électoral et ne pas l'imposer... La démocratie ce n'est pas la loi du plus fort, mais le respect des minorités dans une décision majoritaire acceptée et comprise par tous. Mais de cela les socialistes n'en n'ont cure. Dimanche nous avons donc eu un résultat sur mesure pour une consultation sur mesure. Là-dessus, au moins, les bétonneurs ne se seront pas trompés.

Cet Ayraultport n'est donc plus l'aéroport du Grand-Ouest, ni même celui de Nantes ou de Notre-Dame-des-Landes car le Grand-Ouest n'aura pas pu donner son avis, comme le reste des contribuables qui payeront, tout de même, un « bel » investissement pour Vinci et les territoires les plus directement concernés n'en veulent pas. Appelez le, ch'ais pas moi, Ayraultport Valls-Vinci.

Ainsi donc, 55% des électeurs (qui ont pris part au vote) ont voté en faveur de ce grand projet inutile. « Ainsi, le bétonnage, l’étalement urbain, le remplacement de la campagne par un magma urbain informe ne sont pas seulement l’apanage des décideurs, des lobbies, des grands distributeurs, des bétonneurs de toutes professions, des élus que l’on soupçonne souvent (et pas forcément à raison) d’être corrompus. Le bétonnage, ce sont aussi des électeurs qui le veulent. » nous rappelle Olivier Razemon (Le Monde - 27 juin 2016)

Ainsi donc, dimanche 26 juin 2016, 55% des électeurs ont dit "OUI"...

OUI au dérèglement climatique et à la destruction de la nature.
Oui à la destruction d'espèces rares et protégées.
OUI à l'imperméabilisation des zones humides
OUI à l'impossible compensation,
OUI à l'artificialisation des terres agricoles,
OUI surtout si ce n'est pas derrière chez moi !
OUI à un projet inutile, énergivore et dispendieux
OUI à la toute puissance des multi-nationales

Mais qu'est allé faire le PCF dans cette galère ? Comment ont-ils pu faire campagne pour le projet d'une multinationale capitaliste qui ne créera pas d'emplois (ce n'est pas le but d'une multinationale, son but est de faire de l'argent avec un minimum de salariés) mais qui, de plus, emploiera (exploitera), le temps du bétonnage, des travailleurs détachés ? « Le premier ministre Manuel Valls l’a reconnu lui-même puisqu’en décembre dernier il a déclaré que la construction de l’aéroport de Notre-Dame des landes conduirait à la fermeture d’aéroports à la pointe bretonne. Quimper et l’aéroport civil de Lorient sont particulièrement concernés alors même qu’aucune garantie n’a été donnée pour la construction de la Ligne grande vitesse entre Quimper-Brest et Rennes. » Christian Troadec (maire de Carhaix – Ouest-France – 27-06-16). Comment ont-il pu accepter cela ? D'un autre coté rien de vraiment étonnant, comme me le rappelle Yves Paccalet, « le PCF s'est violemment insurgé contre ces écolos moralisateurs et irresponsables qui mettent en danger l'emploi dans les abattoirs infâmes , inhumains, sadiques... »

« Bien sûr, ceux qui ont demandé ce référendum doivent respecter sa conclusion. Ce n’est pas notre cas. Nous ne sommes donc nullement tenus. Mais au-delà de cela, voyons le fond. La démocratie et le vote sont un système de décision, pas un mode de conviction. On vote, une majorité est réunie, sa décision s’applique. Mais personne n’est obligé de changer d’avis. Ni de stopper son action d’opposition. C’est bien pourquoi les partis qui perdent les élections ne se dissolvent pas après leur défaite et continuent à défendre leur point de vue. » Jean-Luc Mélenchon (29-06-16)

Ainsi les opposants se sont toujours opposés à CE référendum là !!! Cette opposition n'est pas nouvelle, il n'est donc pas étonnant que nous refusions d'en reconnaître le résultat. Cette consultation, actée uniquement par Vinci et ses valets, reste, pour nous, inique et infâme puisque organisée pour plébisciter une décision sans réelle équité ni impartialité de la part des communes et de l'état.

« Pour beaucoup, ce « Oui » est une victoire symbolique d’un modèle de société malade où tous les coups sont permis, de la manipulation des électeurs à la transgression politique des lois » Mr Mondialisation (27-06-16)

L’ACIPA, malgré ses réserves, avait choisi de faire campagne pour le NON aux côtés des autres organisations de la Coordination des opposants. Il était naturellement impensable de laisser le champ libre aux porteurs du projet et de ne pas profiter de cette fenêtre médiatique pour dénoncer sans cesse leurs mensonges et continuer à porter à la connaissance du plus grand nombre les justes raisons de son long combat sur un dossier si complexe.

Qu’aurait-on entendu si l’écart des voix avait été bien supérieur par absence d’un des deux camps ? Si les opposants avaient boycotté cette campagne, les partisans du « Oui » auraient su nous le reprocher. Reproché de ne pas accepter la démocratie directe alors que cela fait parti de nos fondamentaux. Reproché de de faire la politique de la chaise vide. Reproché de ne pas vouloir trouver de voie de sortie. Cette consultation était, dans tous les cas, un piège pour les opposants. Les socialistes sont passés maîtres dans ce domaine (Cf la primaire de la Gauche).

Mais in fine « le piège s’est refermé [sur le gouvernement - ndt]. La consultation organisée le 26 juin 2016 en Loire-Atlantique ne résout pas le problème de fond. Elle va cristalliser les positions. » nous dit José Bové et rien ne dit que le Président, embourbé dans son propre piège, « n'envisage pas de laisser la patate encore fumante au prochain président de la République, qui, selon toutes probabilités, ne devrait pas être du genre à s'attendrir sur le cas de militants dans le maquis... » (Le point – 27-06-16). Oui car pour la Droite, un bon écologiste est un écologiste mort. Le risque est bien là. Combien de morts faudra-t-il pour que cette folie cesse ? Et quand le saccage de la zone humide exceptionnelle de Notre-Dame-des-Landes aura bien commencé, sera enfin révélé au grand jour combien ses partisans auront été les Nigel Farage du bocage. Des menteurs, des manipulateurs et, si l'on considère, comme le fait Hubert Reeves, que l'Homme poursuit une guerre contre la nature, alors ces gens sont des criminels, coupables de crimes contre l'Humanité, qui devraient être jugés et condamnés pour cela. Moi, au fond de moi-même, je les frappe d'ores et déjà d'indignité. Ceux qui s'opposent à ces criminels sont des héros qui redonnent de l'honneur à l'humanité.

Et que vive la ZAD de Notre-Dame-des-Landes !!!! 
Longue vie à la ZAD.

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Regardez en face ce que vous allez détruire à Notre-Dame-des-Landes ... 
après il sera trop tard ... 
définitivement.



dimanche 26 juin 2016

Après le brexit, appelons à un sursaut européen

Après des semaines d’une campagne tendue, manipulée et souvent nauséabonde, les britanniques ont tranché et se sont prononcé-es en faveur de la sortie du pays du projet européen. Ce vote constitue un coup porté à l’Union européenne et aux valeurs qui ont donné lieu à la naissance du projet européen : l’union pour la paix et le rapprochement des peuples sur le continent.

"Le Brexit est un électrochoc. Il faut revenir à l'essentiel : écouter les peuples pour refonder l'Europe." nous dis Manuel Valls. Quand le Matador au 49.3 se fend d'un trait d'humour qui peut le croire ? Mais sur le fond et le constat, il n'a pas tort, ce Brexit est bien l'échec de L'Europe du fric, des lobbies, des libéraux, des entreprises et des multinationales, graals tout puissants encensés au détriment des citoyens ... citoyens suppliciés sur l'autel des marchés. Ce Brexit est le résultat de l'abandon des familles face à la misère et la précarité que notre mondialisation inhumaine réclame. Ce Brexit est la victoire éclatante des xénophobes et des égoïsmes. Victoire qui aura fait jouir tous les populistes et haineux aux blonds cheveux que l'Europe possède.

L'Europe porteuse de tous les maux ? Europe technocratique et loin des préoccupations réelles ? Je veux bien mais d'un autre coté, nous rappelle Lodovico Cassinari, "les Britanniques (ou du moins leurs gouvernements successifs) ont beaucoup contribué à réduire le projet européen à sa seule dimension de marché commun" … des gouvernements britanniques qui n'ont vu en l'Europe qu'un marche pied utilitaire au service exclusif de leurs intérêts nationaux sans jamais en accepter la philosophie des pères fondateurs, celle du partage et de la redistribution afin de porter tous ses membres et assurer la paix sur un continent qui n'avait jamais connu que guerres et conflits comme fonctionnement. À la décharge des anglais, il est vrai aussi que cet idéal est depuis longtemps foulé du pied par la finance qui ne voit pas L'Europe comme une terre d'Hommes mais comme une réserve de consommateurs. La finance qui après avoir détruit les entreprises aura détruit l'idéal européen. Les libéraux n'ont pas de quoi pavoiser.

Pourtant, au lendemain du résultats certains, en Grande-Bretagne semblent avoir la gueule de bois. Selon The Washington Post, de nombreux Britanniques auraient voté sans avoir réellement pris connaissance de ce qu'est l'Union européenne. Une Londonienne, dont le tweet est relevé par Slate.fr, assure avoir entendu une dame déclarer au pub avoir voté "'Leave' parce que je pensais que nous resterions".Sur Twitter, un député conservateur a ainsi indiqué que, dans sa circonscription, il a croisé de nombreux électeurs "qui ont voté 'Leave' pour que le 'Remain' ne l'emporte pas avec une grande majorité". "Je suis choqué, je ne pensais pas que cela allait arriver" "Je ne pensais pas que mon vote allait être aussi important" (il est vrai qu'à la décharge de cet électeur on est pas très habitué à ce que nos votes changent quoi que ce soit) : certains partisans du Brexit regrettent déjà leur choix .. mais on aura les mêmes en 2017 en France, nous dit, sur Facebook et avec pertinence, Cyril Cognéras ... "Non mais tu vois ?... je croyais pas vraiment qu'elle serait élue... et Ali je lui achetais des kebabs... euh je croyais pas qu'elle l'expulserait en Turquie... il était communiste kurde... et la CGT, ils m'ont aidé... euh je croyais pas qu'elle l'interdirait... et le droit à l'avortement je n'aurais jamais cru qu'elle reviendrait dessus ni sur les droits des femmes ... Je vote FN juste pour protester, ch'uis pas raciste, mais euh je regarde Nrj12 et TF1, alors tu vois ? Euh... tu vois?..." Oui je vois... Je vois aussi, à l'instar de Yves Paccalet, que sans l'Europe, "il n'y aurait pas Natura 2000, mais des Center Parcs, des pistes de ski ou des grands magasins partout à la place des zones humides ou naturelles; les loups et toute la faune sauvage se retrouveraient sans aucune protection ; il n'y aurait pas non plus d'Erasmus, ni de redistribution d'argent pour les zones défavorisées et l'agriculture bio, il n'y aurait pas d'euro ni de libre circulation de personnes, etc. Je veux bien qu'on soit anti-européen effréné, mais il faut se renseigner un peu avant de voter "out" sur ce qu'on perdra quand on se retrouvera en Franxit, sous l'autorité de Marine Le Pen."

Espérons pourtant que nous serons collectivement sages pour en tirer toutes les conclusions et pour, enfin, construire une Europe sociale et écologique porteuse d'espoirs et de désirs d'avenir ... TAFTA sera un bon test. Mais l'honnêteté me pousse à avouer que j'ai des doutes devant tant d'année "d'après élections" où nos politiques nous affirment, inlassablement, la main sur le cœur, persuadés que nous les croyons, qu'ils ont entendu le message des électeurs et que plus rien ne sera jamais comme avant. L'histoire leur a toujours donné tort ... the show must go on for business as usual. Les affaires ont toujours continué sans trêve, au détriment des peuples et de l'environnement, pour finir par stopper le projet européen, miné par l’accaparement des décisions par quelques aux profits d'une minorité possédante. Le choix semble donc désormais se situer entre le repli nationaliste ou la refondation du projet européen. Pour les écologistes, dont je me réclame, ce renouveau n’a jamais été aussi nécessaire et le statu quo ne peut être envisageable. L’Union européenne doit redevenir ce qu'elle à toujours été, c'est à dire une terre porteuse d'espoirs, de réponses aux défis actuels des crises sociales, écologiques, climatique, énergétique et métallique, de paix et de vivre-ensemble, de prospérité partagée dans la liberté et les équilibres écologiques, de protection des plus humbles contre la prédation d'un petit nombre, redistributive et consciente de ses dettes vis-à-vis des pays dit du sud.

Alors au lendemain de ce jour historique je garderai tout de même mon amitié pour nos voisins et amis anglais car je n'oublie pas notre histoire commune, je n'oublie pas comment, après des siècles de guerres et suite à la proposition faite, le 16 juin 1940, au gouvernement français par Jean Monnet et Winston Churchill, nos deux pays ont failli fusionner afin d'unir leurs forces face au péril nazi et j'aime combien, eux comme nous, nous aimons mutuellement faire vivre, dans une véritable et profonde tendresse fraternelle, notre rivalité ancestrale. Je suis juste triste de cette frontière qui se dresse maintenant entre nous.