Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

lundi 9 octobre 2017

La terrible souffrance des gens riches

Le problème de la France, c'est de culpabiliser ceux qui ont de l'argent ?

Par Titiou Lecoq — publié le 06.10.2017 sur Slate

Il y a des phrases, à force de les entendre rabâchées, répétées, redites sans cesse pendant des années, on finit par oublier de les interroger. Ça m’a frappée l’autre jour, dans la matinale de France Inter. L’invité était Philippe Aghion, économiste, professeur au Collège de France et soutien actif d’Emmanuel Macron –Nicolas Demorand l’a même qualifié de «penseur du macronisme économique». Vu mon immense amour pour le Collège de France, je m’attendais à être éblouie. Ça n’a pas vraiment été le cas. Notamment parce qu’il a répété à plusieurs reprises, comme explication des mesures économiques du gouvernement, «il ne faut pas culpabiliser les riches».

Extraits:

«Je crois qu’en France il y a eu une erreur de raisonnement. Je crois qu’en France, il y a une espèce d’obsession des riches et une culpabilisation des riches. Moi je crois que le mérite doit être récompensé. Je crois beaucoup dans ça. Je crois que quelqu’un qui fait une innovation qui marche très bien, il la vend, il doit être récompensé.»
Et Nicolas Demorand de tiquer: «Le problème de la France, c’est de culpabiliser les riches ?».
Philippe Aghion: «C’est pas bien de culpabiliser quelqu’un qui gagne de l’argent parce qu’il a réussi.»

Culpabiliser, c'est humain

Ah ça, si on ne l’a pas entendu mille fois ces dix dernières années… En France, on n’aime pas les riches, on n’aime pas le succès, et on est méchants parce que les riches il faut les laisser être tranquillement riches, il ne faudrait surtout pas venir troubler leurs consciences en leur rappelant que pendant qu’ils se gavent d’autres crèvent la dalle. Il faut cesser de ternir leur bonheur avec cette culpabilisation permanente. Petites créatures fragiles va.

C’est quoi cette idée absurde ? Quand tu gagnes des millions, j’espère bien que tu culpabilises un peu! À mon niveau, quand je passe dans la rue avec mon smartphone à la main et les clés de ma maison pour aller chercher mes gamins à l’école et que je croise une mère et sa fille assises par terre en train de mendier, je culpabilise. Alors oui, c’est un sentiment extrêmement désagréable mais moins que d’être celle qui est assise devant la bouche de métro.

Culpabiliser, c’est prendre conscience de ses privilèges, c’est se mettre l’espace d’un instant dans la peau de l’autre, c’est donc reconnaître à l’autre sa qualité d’être humain. Culpabiliser les riches, c’est aussi les pousser à prendre leurs responsabilités. En plus, Philippe Aghion nous parle de ça alors qu’on l’interrogeait sur la disparition de l’ISF. Ça veut dire quoi ? Que taxer les riches pour qu’ils contribuent directement à la société, c’est les culpabiliser ? On nage en plein délire. Vous avez fumé du crack au Collège de France ou quoi  ?

À les écouter, les riches, c'est toujours Bill Gates

Et en prime, pendant ce temps, on ne se prive pas pour culpabiliser les pauvres qui, s’ils étaient vraiment pauvres et malheureux accepteraient n’importe quel travail, payé n’importe quelle somme. Alors, ok, je n’ai aucun diplôme d’économie. Mais l’argument du «il faut arrêter de culpabiliser les riches», ce n’est pas, ça n’a jamais été et ça ne sera jamais un argument économique. Ça s’appelle de la psychologie de comptoir (et ça, je connais bien).

En plus, dans ce discours, vous noterez que les riches, c’est toujours Bill Gates. Je vous assure. Un millionnaire, c’est quelqu’un qui a inventé un truc qui a été utile à l’ensemble de la communauté. Ce matin-là, Philippe Aghion n’a pas donné l’exemple de Bill Gates mais du mec qui a inventé Skype, «un Scandinave». (En vrai, Wikipédia m’informe que ce sont deux Estoniens.) Et il a martelé à plusieurs reprises:

«Je crois que quelqu’un qui fait une innovation qui marche très bien, il la vend, il doit être récompensé.»

Est-ce qu’on peut être professeur au Collège de France et présenter le riche typique –on parle au minimum de millionnaires hein– comme un inventeur ? Sérieusement ?

Et après «il faut arrêter de culpabiliser les riches», «parce que les riches sont des gens de mérite qui ont inventé un truc fabuleux», on atteint le point «en supprimant l’ISF sur les actions, les riches vont investir dans l’innovation et créer des emplois». Tout naturellement. Comme ça. Parce qu’ils sont gentils et que le système fonctionne à la perfection. D’ailleurs, prendre des actions chez Nestlé c'est égal à investir dans l’innovation. (C’était l’exemple donné par un auditeur.)

Il a vu monsieur Aghion la hausse des dividendes des actionnaires ces dernières années ? Si on fait une déduction fiscale spécifiquement sur l’argent investi dans une jeune entreprise, ou une entreprise qui fait du développement, ok, mais si c’est une suppression totale sur toutes les actions, j’ai du mal à croire que ça marche. Ça me rappelle Pierre Gattaz et sa promesse du million d’emplois.

Il croit aux Bisounours, lui ?

Philippe Aghion postule le non-égoïsme des agents économiques. Quand Nicolas Demorand lui demande s’il y a des études qui prouvent ça, qu’alléger la fiscalité des plus riches entraîne une relance, il dit que oui, sûrement, il ne sait pas, il n’a pas ça sous la main. Or, je vous conseille sur le sujet cet article assez clair Favoriser les riches est-ce bon pour les pauvres (sur le site de France Culture, qui diffuse les leçons du Collège de France) qui le contredit. En fait, c’est comme pour les APL. Quand Macron demande aux propriétaires de prendre leurs responsabilités, d’être solidaires et de baisser les loyers de cinq euros. C’est la même logique.

Philippe Aghion insiste sur un autre élément. La société au mérite, ça fonctionne s’il y a davantage d’égalité des chances. En France, à l’heure actuelle, ce n’est pas le cas. En fonction de son milieu social, de sa couleur de peau, de son genre, etc., on n’a pas les mêmes chances. Il explique donc qu’il va falloir investir en priorité dans l’éducation pour ça. Là, je ne comprends pas.

Comment on va investir massivement alors qu’en même temps, l’État perd 4 milliards de recettes fiscales avec la suppression de l’ISF? (L’ISF rapportait entre 4 et 5 milliards, l’IFI rapportera 850 millions d’après Les Echos… ) Est-ce qu’il ne fallait pas faire les choses dans l’autre sens? Enfin bon, on verra avec la suite des réformes n’est-ce pas. La formation professionnelle, l’assurance chômage et tutti quanti. En attendant, arrêtez au moins d’essayer de nous culpabiliser de culpabiliser les riches parce que ça ressemble à du foutage de gueule.

dimanche 10 septembre 2017

Les écologistes avaient raison


« Pas besoin de faire de catastrophisme : la situation est catastrophique » nous dit mon collègue et ancien vice-président du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) Jean Jouzel. L'avertissement fait froid dans le dos. 

2017, inondations majeures et meurtrières en Sierra-Leone avec au moins 312 morts à la mi août, érosion du littoral en Métropole, éboulement de quatre millions de mètre cubes de boue et de rochers, en Suisse, à cause à la fonte du permafrost alpin qui, en temps normal, assure la cohésion des roches, bilan, 14 disparus et un village rayé de la carte, sécheresses et incendies majeurs encore et toujours, incendie au Groenland et maintenant Irma, l’ouragan le plus puissant jamais enregistré depuis que l’humanité surveille la météo. Alors s'il est vrai qu’il est encore difficile d’attribuer tels ou tels événements météorologiques ponctuels au changement climatique, on peut, toutefois, s’interroger, au regard de ceux-ci, sur la fragilité de nos sociétés vaniteuses et dénaturées, technologiques et guerrières, face à la puissance de la nature. Ainsi avec les îles de St Martin et St Barth, dévastées par Irma, privées d’eau potable et d’électricité, livrées au désordre et à la détresse, nous avons une mise en lumière du manque de résilience de nos sociétés face aux crises écologique et climatique.

« Avec les dévastations d’Irma, nous avons un exemple concret de ce que le système économique planétaire vorace et désinvolte peut donner. Et c’est le moment de rappeler les ricanements, le mépris supérieur, opposés aux écologistes pendant des décennies. Ils étaient pris pour des hurluberlus, des rêveurs pisse-froids, naïfs promoteurs du retour à la lampe à huile, soixante-huitards ou bobos déconnectés, empêcheurs de se gaver en rond. Et bien en fait, […]… ils avaient raison ! Et si leurs thèses sont désormais acceptées par le monde entier (à un Donald Trump près) ils ne sont toujours pas assez écoutés à propos des priorités à renverser. Le zadiste moyen de NDDL, aussi extrémiste soit-il, est plus raisonnable que n’importe quel climatosceptique qui siège encore à l’Assemblée. » nous rappelle fort justement Thomas Legrand dans son éditorial sur France-Inter du vendredi 8 septembre 2017.

De son coté, Pascal Canfin, sur France Inter, ne dit pas autre chose et je partage : « Si l'on avait écouté les scientifiques et les écologistes, nous ne serions ni surpris-e-s, ni sidéré-e-s que les crises climatiques se fassent plus aiguës, mais nous serions mieux préparé-e-s »

« Ce n'est donc pas faute d'avoir alerté, et pourtant les écologistes ne se réjouissent pas (et ne se réjouiront jamais) d'avoir eu raison, ils se désolent juste de ne pas être entendus » nous dit mon amie Catherine Bassani-Pillot et je partage. Et pourtant je pense qu’il est bon, de temps en temps, de rappeler que nous avions et avons raison quand nous alertons, relais que nous sommes des travaux scientifiques, afin que, dans une sorte de vœu pieux, à l'avenir et sur d'autres sujets, nous puissions espérer être un peu plus écoutés et un peu plus soutenus. Soutenus, non pas pour notre gloire, mais pour que nous puissions enclencher, véritablement, la transition écologique de notre monde et offrir un monde durable et désirable à nos enfants.

Mais je crains, à l’instar de Jean-Marc Jancovici, que demain, Harvey, Irma, José ou bien encore Katia passés, on ne se « désole que les ventes de voitures fléchissent un peu, puis qu’après-demain on ne se désole que la production d'acier fléchisse un peu alors qu’à chaque fois qu'on augmente ça, on augmente aussi les émissions de CO2 ... » et donc les changements climatiques et donc les catastrophes qui vont avec. « Quelque part, il faut qu'on se mette d'accord avec nous-mêmes, c'est à dire à 7 milliards et demi dans une petite boite qu'on appelle la planète Terre dont la taille n'augmente pas, il faut trancher, on est en pleine incohérence : c'est à dire que lundi on dit qu'on veut augmenter la taille de l'économie donc des flux physiques et augmenter les émissions et les rejets en tous genres et Mardi, on dit : ah c'est quand même ennuyeux, il y a des conséquences à cette affaire et on préférerait ne pas les voir » poursuit Jean-Marc Jancovici

Ainsi St Martin et St Barth sont deux exemples à petite échelle, une sorte d'expérience de laboratoire de la vulnérabilité de nos sociétés occidentales. En quelques heures des territoires modernes de la cinquième puissance mondiale ont été réduits à néant par la force de la nature que nous provoquons. Irma devrait nous faire réfléchir sur l'effondrement de notre monde qui nie les crises écologiques, climatique, métallique ou bien encore énergétique en croyant, dans une techno-foi aveugle, que, devant le précipice, nous trouverons la solution et qu'en attendant il ne sert à rien de s'inquiéter, il ne sert à rien d'investir pour anticiper, il ne sert à rien de changer car il est tout de même plus délectable, à l'instar de la cigale de La Fontaine, de jouir de consommation.

Amis, je vous en conjure, réfléchissez, ouvrez les yeux, changez, renoncez, adoptez la sobriété choisie et heureuse avant que les événements ne vous l’impose ... il est plus que temps car la multiplication et l'intensification des extrêmes climatiques va poser de plus en plus de problèmes humains, alimentaires, économiques, géopolitiques. « Ce qui est l'exception dans beaucoup de domaines, y compris chez nous [en métropole], va devenir parfois la norme. Le pire est devant nous », averti Nicolas Hulot et Jean Jouzel de poursuivre « l'intensification des cyclones risque de préfigurer ce que l'on vivra demain ». Et en effet « pour espérer rester en deçà de 2°C de réchauffement par rapport à l'ère préindustrielle, il faudrait que le pic d'émissions de gaz à effet de serre survienne au plus tard en 2020 », conclut Jean Jouzel. Nous n'avons donc plus que trois ans devant nous pour inverser la vapeur.

Crédit photo : TWITTER/AFP - Anna MAZUR : Casino Royale ravagé par l'ouragan Irma dans la partie néerlandaise de Saint-Martin, le 7 septembre 2017

dimanche 3 septembre 2017

L’enfer du miracle allemand


Macron se désole que les Français refusent les réformes, que ce pays est irréformable. Mais les réformes pour les réformes cela n’a aucun sens. Si réformer c’est aller vers toujours plus de précarités et d’inégalités alors je dis « NON ! » et je me range dans le lot de ceux, dénommés par le très talentueux et clairvoyant journaliste de droite Eric Brunet, « les abrutis ». 

Ces abrutis, qui se vautreraient, selon le fantasme libéral, « dans le socialisme bolivarien le plus frustre en ayant pris l'argent du pétrole aux actionnaires milliardaires afin de tenter d'éradiquer la pauvreté qui rongeaient le Venezuela (1) ». Ces abrutis qui refusent « toujours plus de déréglementation, de flexibilité chez les salariés, de stock option et de dividendes pour le CAC 40, de privatisation de services publics […] solutions de ceux qui savent. (1) » car bien évidement « ceci n'a hélas jamais été fait, nulle part, ni en France, ni ailleurs. Mais vraiment jamais jamais ! Et les abrutis que nous sommes ne comprennent pas que si nous le faisions, si nous appliquions ces brillantes solutions libérales, la vie serait à chaque minute du jour et de la nuit une danse du bonheur sous l'abondance du ruissellement. (1) »

Nous sommes vraiment des abrutis de refuser un tel bonheur et il n’y a qu’à demander aux allemands ce qu’ils pensent de ces réformes qu’ils subissent, depuis 12 ans via les lois Hartz, pour se convaincre que nous sommes vraiment des abrutis pour refuser le paradis du modèle économique allemand. Ah, le paradis du modèle économique allemand basé sur les travailleurs pauvres et le retour au travail des retraités ! Que du bonheur ! Avoir du boulot et vivre pauvre tel est le miracle allemand. Près de 1 million de retraités allemands sont aujourd’hui contraints de travailler faute de pension suffisante. Ah ce modèle inégalable vanté par nos chroniqueurs télé de tous poils pourvoyeurs de la lobotomie générale pour le compte du MEDEF et de ses valets En Marche.

Ainsi selon « Le Monde diplomatique » de Septembre 2017, en Allemagne, entre 2000 et 2016 la proportion des travailleurs pauvres — rémunérés au-dessous de 979 euros par mois — passe de 18 à 22 %. 4,7 millions d’actifs survivent aujourd’hui avec un minijob plafonné à 450 euros par mois. L’Allemagne a converti ses chômeurs en nécessiteux. Ainsi pour les deux prophètes de la « social-démocratie moderne » M. Schröder et son homologue britannique Anthony Blair et ceux qui perpétuent aujourd'hui le Hartz IV, il vaut mieux un pauvre qui sue plutôt qu’un pauvre qui chôme.

Huit heures : le Jobcenter du quartier berlinois de Pankow vient à peine d’ouvrir ses grilles que déjà une quinzaine de personnes s’alignent devant le guichet d’accueil, enfermées chacune dans un cocon de silence anxieux, nous relate « Le Monde diplomatique » de Septembre 2017. « Pourquoi je suis ici ? Parce que, si tu ne réponds pas à leurs convocations, ils te retirent le peu qu’ils te donnent, grommelle un quinquagénaire à voix basse. De toute façon, ils n’ont rien à proposer. À part peut-être un boulot de vendeur de caleçons à clous, qui sait. » L’allusion lui arrache un maigre sourire. Il y a un mois, une mère isolée de 36 ans, éducatrice au chômage, a reçu un courrier du Jobcenter de Pankow l’invitant, sous peine de sanctions, à postuler pour un emploi d’agente commerciale dans un sex-shop.

En Allemagne [...] La vie des allocataires est un sport de combat. Leur minimum vital ne leur permettant pas de s’acquitter d’un loyer, le Jobcenter prend celui-ci en charge, à la condition qu’il ne dépasse pas le plafond fixé par l’administration selon les zones géographiques. Un tiers des allocataires (renommés "Clients") ont pourtant des problèmes de logement, le plus souvent parce que l’envolée des loyers dans les grandes villes, notamment à Berlin, les a fait sortir des clous du Jobcenter. Ils doivent soit déménager, mais sans savoir où, car le marché locatif est saturé, soit régler la différence de leur poche en rognant sur leur budget alimentaire.

Le Jobcenter peut aussi débloquer au compte-gouttes des aides d’urgence. Cela lui confère un droit de regard qui s’apparente presque à un placement sous curatelle. Compte en banque, achats, déplacements, vie familiale ou même amoureuse : aucun aspect de la vie privée n’échappe à l’humiliant radar des contrôleurs. Les 408 agences du pays disposant d’une marge d’initiative, certaines débordent d’imagination. Fin 2016, par exemple, le Jobcenter de Stade, en Basse-Saxe, a adressé un questionnaire à une chômeuse célibataire enceinte la priant de divulguer l’identité et la date de naissance de ses partenaires sexuels (2) [...]

[...] Hartz IV fonctionne à la manière d’un service du travail précaire obligatoire. Les menaces de sanctions qui pèsent sur le « client » le tiennent en permanence à la merci d’un guet-apens. M. Jürgen Köhler, un Berlinois de 63 ans, exerce en temps normal le métier de graphiste indépendant. Confronté à la concurrence de gros cabinets qui cassent les prix, il ne reçoit plus assez de commandes pour en vivre et s’est donc inscrit au Jobcenter. « Un jour, raconte-t-il devant un café, un courrier m’annonce que je dois me présenter le lundi et le mardi suivants à 4 heures du matin aux portes d’une agence d’intérim pour être affecté sur un chantier et toucher ma paie le soir même. Et que je dois me munir d’une paire de chaussures de sécurité. Évidemment, je ne possède pas ce genre d’équipement et je n’ai jamais travaillé dans le bâtiment. Commencer à mon âge ne me paraissait pas une bonne idée. » Les délais étant, comme souvent, trop brefs pour tenter un recours, M. Köhler n’a d’autre choix que de contester la mesure devant les tribunaux, en espérant que son affaire sera jugée avant que ne tombe le couperet de la sanction, qui risque d’amputer ses subsides de 10 %, 30 % ou même 100 %. Nul n’est à l’abri du hachoir, pas même les enfants d’allocataires Hartz IV âgés de 15 à 18 ans : en échange de leurs 311 euros mensuels versés au budget de la famille, et même s’ils vont encore à l’école, le Jobcenter peut les convoquer à tout moment pour leur « conseiller » de s’orienter vers tel ou tel secteur sous tension et leur couper les vivres s’ils ratent un rendez-vous. (2) [...]

Dès lors, pourquoi refuser un tel bonheur ? « Peut-être parce que nous n’avons plus les moyens de payer pour tous » selon la phrase fétiche des libéraux ? .... « qui va payer ? nous disent-ils. Qui va payer pour un accès de tous à la santé ? Qui va payer pour éradiquer l'analphabétisme ? Qui va payer pour un retour de la police de proximité ? Qui va payer pour une école de qualité ? C'est vrai que tout compte fait, ce serait beaucoup mieux si seuls les riches se payaient eux-mêmes les services privés, laissant les autres dans le dénuement. C'est sans doute ça, l’idée intelligente d'une société parfaite. (1) »

Pourtant les français n’ont pas toujours été contre les réformes, au contraire même. Ainsi quand en 1936 on a créé les congés payés, quand en 1946, Marcel Paul a nationalisé l’énergie, quand Maurice Thorez a créé le statut de la fonction publique, quand Paul Langevin a conçu le CNRS, quand Ambroise Croizat a bâti la Sécurité Sociale, généralisé les retraites, conçu les Comités d’Entreprises, la médecine du travail, la prime prénatale, l’allocation de salaire unique, du doublement du congé maternité, la reconnaissance des maladies professionnelles … les français ont adorés !!!

Mais, je m’avance peut-être pour expliquer ce vent de refus des Français devant les réformes portées par les libéraux, c’est que, encore une fois peut-être, que ces réformes, aujourd’hui, sont a l’inverse de ce que déclarait Ambroise Croizat « Désormais, dans toutes les phases de sa vie, nous mettrons définitivement l’Homme à l’abri du besoin. Nous en finirons avec les angoisses du lendemain. » et que nous refusons « l’enfer du miracle allemand », ce modèle qui inspire tant Emmanuel Macron et que ce refus est légitime. Non ?



dimanche 27 août 2017

Ou quand l'argumentaire néo-colonialiste est toujours vivant

C'était pendant la campagne de la primaire de la droite. François Fillon n'avait pas encore effectué sa percée. L'émission politique (France 2) choisit de lui opposer le syndicaliste guadeloupéen Elie Domota, en duplex. Dialogue de sourds, au cours duquel Fillon ressortit à Domota la panoplie complète des arguments colonialistes. Mathlide Larrère les démonte un par un.




Pour lire la suite, c'est ici

Retrouvez toutes les chroniques de l'historienne Mathilde Larrère ici 

mercredi 23 août 2017

Poussière d'étoiles.

Juin 1977, 32e Salon International de l’Aéronautique et de l’Espace au Bourget, je suis avec mon père. Je suis en train de passer un moment père-fils merveilleux avec ce père qui semble connaître tout le monde. Nous y sommes en journées réservées aux professionnels. En journée non ouverte aux visiteurs lambda. Sentiment de privilège. Je suis fier de tenir la main à ce père qui m’explique ces magnifiques machines volantes. Je rentre dans tous les cockpits, je m’assois dans les sièges des pilotes. Tout le monde me sourit et m’offre qui un gadget, qui un poster, qui un autocollant. Je suis aux anges. Mon père m’explique la station spatiale MIR que nous visitons, mais surtout il a la patience extrême de retourner, pour la dixième fois, revoir ce superbe hydravion, exposé sur une piscine et qui me fascine tant. Nous nous arrêtons pour la pose de midi à l’ombre des grands hangars pour manger nos sandwichs que maman nous a préparé avec amour. Fier d’être à ses cotés.

Nuit du 15 Août 2017 Atlanta, Etats-Unis, mon téléphone sonne, Marianne, mon épouse, m’annonce que papa est dans le coma et qu’il est à l’Hôpital Foch à Suresnes. Moment d’incompréhension. Moment d’incrédulité. Cela fait un mois que je ne l’ai pas vu car je termine une mission dans le Golfe du Mexique sur les traces du devenir de la matière organique charriée, en mer, par le Mississippi. Etre en mission, longtemps et loin, c’est accepter de tout laisser derrière soi et de prendre le risque que les gens partent sans nous. Depuis plus de 20 ans j’accepte ce risque sans y croire vraiment, « cela ne peut pas m’arriver à moi ! ». Puis le téléphone sonne à nouveau, papa est mort. Le vide s’ouvre. J’ai mal. Je me tords sur mon lit. Les larmes ne viennent pas tout de suite mais je cherche l’air. Puis l’abîme de la perte m’apparaît, le flot de larmes devient intarissable. Mon esprit n’a plus qu’une seule pensée … lui. Alors je me laisse aller et je repars dans les Vosges, en famille, baskets aux pieds sur les chemins au milieu de ces forêts de sapins envoûtants. Odeurs de sapins dans ces jours d’étés heureux. Promesses de tartes aux Myrtilles au refuge à la fin de la randonnée. Photos prisent sur les grumes. Douleurs due à l’effort et découverte du milieu naturel. Sensation de sécurité entouré de mes parents. Puis visites de châteaux, d’églises, de musées … vacances culturelles ici, là, jamais aux mêmes endroits avec ce père qui semblait tout savoir, avec cette mère en accord parfait. Ils m’ont laissé le goût des visites, du plaisir de laisser les décors et les histoires m’imprégner.

Mon esprit tourne, vire, s’arrête sur les repas du soir, dans la cuisine de la maison familiale, où nous devisions, tous les cinq, toujours sur des sujets sérieux pour se finir par un « preums’ au câlin sur papa ! » que nous nous lancions, à la fin du repas, tour à tour, mon frère, ma sœur et moi. Aujourd’hui encore, chez moi, aux Ulis, le soir, à table, nous devisons mon épouse, mes enfants et moi dans une filiation évidente.

Nous devisions et réfléchissions tous ensemble car mon père ne souffrait pas que nous nous laissions aller à la facilité. A la vérité affirmée par le plus grand nombre, il nous poussait à aller plus loin et mon dieu combien, souvent, cela était difficile de le suivre. Mais il ne souhaitait pas que nous nous rallions à sa cause, ce n’était pas un gourou, il souhaitait juste que nous analysions la complexité des choses. Je me souviendrai toujours de ce « Ah non ! Pas toi !!!! » qu’il me lança, alors que je ne devais avoir qu’une dizaine d’années, ce jour où, à la vue des juifs, dans « les dix commandements » de Cecil B De Mille, adorant le veaux d’or après avoir adoré puis détesté dieu, je lançais dans une réflexion d’enfant, « Mais ! Ils sont vraiment prêts à croire n’importe quoi ! ». Depuis ce jour j’ai compris que je n’avais pas le droit de penser le monde comme on me le montrait, mais qu’il me fallait toujours chercher la justesse de la pensée, sans dogme et en toute liberté. Mon dieu comme souvent je n’y arrive pas.

Je repense aussi à toutes les inquiétudes du père face aux difficultés scolaires du fils que j’étais. En vérité il ne savait pas gérer cette inquiétude et en devenait presque pénible. « Tu as finis tes devoirs ? » me demandait-il, « si oui alors retourne dans ta chambre t’en inventer ». Combien de week-end de merde j’ai passé, seul, dans ma chambre afin de l’éviter !!!! Mais comment lui en vouloir aujourd’hui ? Mon père n’était pas un saint, il avait ses failles, ses faiblesses … et sa faiblesse c’était ses enfants qu’il aimait par-dessus tout et pour lesquels il s’inquiétera jusqu’à la fin de sa vie. Mais s’il n’était pas un saint il avait la sagesse de faire confiance à maman quand celle-ci chercha à me faire rentrer à l’école Nouvelle « La Source » à Meudon. Il lui fit confiance quand elle lui dit que je n’aurai pas d’autres choix, dès l’âge de 9 ans, que de prendre, seul, le train de banlieue pour aller à l’école. Cette école et sa méthode Freinet m’a sauvé la vie, ma mère, en m’y envoyant, m’a sauvé la vie, mon père, en faisant confiance à Maman, m’a sauvé la vie, moi dont le seul idéal était les loubards si bien chantés par mon idole de toujours.

Je repense à ce vieux monsieur affaibli par un cœur fragile, une hypertension difficilement régulée, un diabète pesant et une surdité tenace qui se mettait au service des plus pauvres via les Resto du cœur, ou allait porter les bûches dans les camps des roms avec le secours catholique. Je repense, à l'heure d'une Méditerranée devenue cimetière, à cet évangile (Mt 25, 31-46) que mes parents aiment tant et qui appelle l’humanité à soigner, habiller, nourrir, visiter, accueillir les plus humbles, les plus pauvres d’entre nous. Toute leur vie mes parents auront donc été fidèles à la parole de dieu.

Je repense à tous ces repas, les dimanches, au Mesnil ou aux Ulis, que nous partagions … Oh comme ces années furent douces à l’écouter, à le contredire, à être d’accord, à le convaincre et à me laisser convaincre. Comme j’ai été fier de découvrir sur son ordinateur qu’il avait fait un dossier de photos de moi en politique et en militant, lui qui aura été engagé toute sa vie.

Je repense à ce grand-père merveilleux qu’il a été avec ses petits enfants et à qui il consacrait tout son temps quand ils étaient là, près de lui.

Puis je repense à ce dimanche aux Ulis où il m’a semblé que nous soldions tout en regardant, lui et moi, une émission sur Renaud et où il me dit que oui, cet homme était un mec bien et combien il comprenait que je l’ai tant admiré. Comme je suis heureux d’avoir dit à mon père, de son vivant, combien je l’aimais.

Simple, passant toujours en dernier (même s’il savait recevoir), il ne voulait jamais gêner et ainsi, même pour mourir, il n’a pas voulu déranger. L’attaque cérébrale, qui va lui être fatale, le frappe au moment du coucher après le film du soir. Mais pendant que maman appelle le SAMU, papa récupère suffisamment pour pouvoir se rhabiller et descendre afin d’ouvrir la porte aux secours incrédules. Dès lors il pouvait se laisser aller à la mort, il n’avait pas fait peser cela sur les épaules de ma mère.

Mon père, cette poussière d’étoiles, était un homme bon, il fut un très bon père et un grand père merveilleux, il fut un homme engagé qui essayait de rendre le monde plus juste, il est un exemple difficile à suivre mais je suis fier d’avoir été son fils.

Adieu papa.

dimanche 25 juin 2017

Il y a 20 ans, Cousteau disparaissait

Il y a 20 ans, Jacques-Yves Cousteau, le grand homme de la mer, qui inspira mon orientation professionnelle et philosophique, nous quittait. 


Je me souviendrai toujours comment, quand j’étais enfant, je me délectais de ses documentaires qui passaient à la télé, le dimanche après-midi. C’était une époque où la télé de mes parents était en Noir et Blanc et où il n’y avait que deux chaines et demie (FR3 ne diffusait que l’après-midi). Une époque où internet et sa formidable possibilité d’ouverture n’existait pas. Une époque où la seule lucarne, sur le reste du monde, était la télé et où les documentaires n’étaient pas produits à profusion et avec moult effets de caméras GoPro, de drones et d’images HD toutes plus belles et plus spectaculaires les unes que les autres. Je vous parle d’une époque où, alors que je m’ouvrais à autre chose que moi-même, nous découvrions les premières traces de pollutions sur les glaces du pôle Nord, à cause du mode de vie occidental, me faisant réaliser, soudainement, combien notre Terre était petite et limitée, où tout était lié. Je pris conscience ce jour-là de ma propre fragilité. Un vertige immense me pris ce jour-là et je passerai le reste de ma vie à essayer de comprendre. Pour se faire, à l'époque, je passais mon temps, au grand désespoir de mon cher père, devant les émissions animalières comme « Terre des bêtes » ou bien encore « les animaux du Monde » dont je connais encore, par cœur, la chanson du générique.

Ainsi, à cette époque de mon enfance, de grands Hommes nous ouvraient sur le monde, je pense à Christian Zuber, documentariste animalier, journaliste, écrivain, producteur et conférencier, qui fut l'un des pionniers de la protection de la nature et de l'environnement et administrateur du WWF où je fis mon Service National en tant qu’objecteur de conscience. Zuber m’ouvrit sur le monde des animaux, sur les espèces, sur la vie sauvage, … sur la beauté à la fois simple, complexe et multiple. Il me fit voir la vie.

Il y eu également Haroun Tazieff qui me fit découvrir les entrailles de la Terre et me permit d’appréhender les frontières de ce grain de poussière perdu dans l’immensité sidérale. il me fit comprendre la fragilité de ces frêles radeaux de roches flottants sur une masse magmatique dantesque. Il me fit voir la roche et le feu. Je pense à lui tous les jours quand je rentre dans mon atelier, au CNRS de Gif-sur-Yvette, qui se trouve être dans les locaux où il termina sa carrière. J’y vois là comme une évidence.

Il y eu Paul-Emile Victor, Bernard Moitessier ou bien encore à Eric Tabarly qui, par leurs écrits, me firent découvrir le goût de la navigation, le plaisir de la contemplation océanique et de l’insoumission. Ils me firent voir la liberté.

Et bien évidement il y eu Cousteau qui me fit tant rêver, qui me fit si bien comprendre, petit à petit, la fragilité de cet ensemble que les autres me montraient, cet ensemble qui constitue notre seul et unique vaisseau spatial. Cousteau, qui m’ouvrait un monde lointain et maritime, plein d’embruns, d’aventures et de camaraderie, semblait me guider vers mon métier d’océanographe. Il me semble l'avoir compris très tôt. Cousteau qui su si bien montrer les liens qui nous unissent à la Terre mère semblait m’enjoindre gentiment de poursuivre, avec d’autres, le combat de l’écologie. J’ai suivi ce chemin, autant que j’ai pu, mais autant l’avouer, sans grands succès.

A sa suite, comme dans une sorte de filiation évidente, j’ai vu la mer, j’ai vu les tempêtes, j’ai senti les vents, j’ai vu l’Antarctique et l’Arctique, j’ai vu la mer défiler sous la proue des bateaux, j’ai vu les oiseaux marins tournoyer, j’ai vu les baleines et les dauphins, j’ai vu les tortues et les phoques, j’ai vu les manchots et les ours blancs, J'ai vu le soleil de minuit et les aurores australes, j'ai vu et je me suis émerveillé ... mais j’ai vu, aussi, la mer vide de vie, les algues filamenteuses recouvrir les fonds de la Méditerranée, les algues venir remplacer le corail moribond de Guadeloupe, j'ai vu les chalutiers racler le fond de la mer, j'ai vu les bateaux pécher au lamparo ne laissant aucune chance à leurs proies, j'ai vu les espèces invasives se déployer grâce à la bêtise des Hommes et aux changements climatiques, j'ai vu des Hommes tenter la réintroduction d’espèces dans des milieux détruits, j’ai vu le plastique en mer et sur les plages, j’ai vu les macro-déchets dans les abysses, j'ai vu le béton couler sur le littoral, des marinas se créer et d'autres s’agrandir aux détriments des habitats fragiles, j'ai vu des hôtels pieds dans l'eau se construire, j'ai vu des municipalités recharger, de sable et à grand renfort de Gaz à Effet de Serre, leurs plages victimes de leurs aménagements imbéciles, pour que les touristes, cette année encore, soient nombreux à les polluer, j’ai vu tout cela à la suite de Cousteau et de son fidèle ami Falco qui, les premiers, se sont alarmés de l’emballement de la dégradation de l’environnement. Se sont alarmés, en vain, du grand saccage. Je pense à Cousteau à chaque fois que je suis en mer, à chaque fois que je présente ma conférence sur le Développement Durable, aux lycéens car je leur parle de son combat pour les générations futures, pour les générations qui n’existaient pas encore et dont ils sont, aujourd’hui, ceux dont il parlait.

Jacques-Yves Cousteau ne se définissait pas comme un scientifique mais comme un « marin, technicien océanographique et cinématographique ». Il se disait un amoureux de la nature, particulièrement de la mer, en reconnaissant que sa vision avait évolué avec son époque, de l'explorateur-chasseur et pêcheur au logisticien pour scientifiques et protecteurs. J’ai eu la chance de le rencontrer, par deux fois, à la suite des conférences qu’il donnait pour conclure les cycles de séminaires d’océanographie à l’Institut Océanographique de Paris.

Et à sa suite, j’ai goûté à la désillusion d’un combat vain pour préserver une humanité dont le seul souhait est de posséder jusqu’à l’écœurement. Une l’humanité qui se partage entre ceux qui ne pensent qu’à jouir dans une grande turgescence orgiaque, collective et immonde et ceux qui tentent de survivre à cette jouissance de riches. Ainsi la France, pays pourtant tant aimé, n’est peuplée que de gens dont la seule préoccupation est de savoir comment ils vont pouvoir passer leur vacances, des gens qui ne voient pas l'utilité de préserver l'environnement, car « ils sont bien gentils ces écolos, mais il faut être réaliste et arrêter de rêver, c'est pas ça qui relancera ni la consommation ni la croissance ! », mais qui, chaque été, vont chercher, à grand coup de pots d'échappements ou de kérosène à pas cher, le paysage préservé, le petit village pittoresque, le grand air, qui n'existent plus dans leur quotidien bétonné en trouvant que quand même, « c'est beau la nature préservée !».

Il y a 20 ans le grand homme de la mer disparaissait, j'ai une pensée pour lui et pour tous ceux qui l'ont profondément aimé, Jean-Michel, Fabien, Céline, Alexandra, Philippe Junior, Francine, Diane et Pierre-Yves ainsi que tous les anonymes qui, encore aujourd’hui, se retrouvent et se reconnaissent dans son héritage. Que sa mémoire vive toujours.

mercredi 21 juin 2017

Du velcro et du téflon dans notre cerveau ?

D'où vient cette propension, même quand apparemment tout va bien dans notre vie, à quotidiennement nous focaliser plus facilement sur le négatif plutôt que sur le positif ?

Personnellement, je suis assez séduit par l'explication de ce processus telle qu'elle est présentée dans le livre « Le cerveau de Bouddha » écrit par Rick HANSON.

En substance, selon l'auteur, l'esprit est ce que fait le cerveau. Or le cerveau est le fruit de millions d'années d'évolution. Nos ancêtres, des plus primaires jusqu'aux plus récents, vivaient dans un monde rude où l'accès à la nourriture était plus difficile, où chacun vivait dans la perspective d'être attaqué et dévoré par des prédateurs et où les causes de maladies et de blessures étaient légions.

Dans ce monde, la vie ne tenait qu'à un fil et c'est ce monde qui a été la matrice de notre cerveau ; faisant de lui une machine à détecter et à réagir au danger. De son bon fonctionnement dépendait la capacité de nos ancêtres à transmettre leurs gènes par la reproduction.

Cette perspective évolutionniste permet ainsi de mieux comprendre le penchant de l'esprit à préférer s'attacher aux événements négatifs plutôt qu'à ceux positifs.

En terme de survie, il est plus important de repérer et de se souvenir des sources de danger, autrement dit des expériences négatives, que des expériences positives, comme une source de nourriture par exemple.En effet, le fait de rater une opportunité est rarement mortifère et l'on peut toujours saisir la suivante, en revanche, rater un danger, comme par exemple un prédateur, et s'en est terminé pour vous, votre histoire s'arrête.

C'est pourquoi, il est dans la nature de l'esprit d'agir « comme du velcro » sur les expériences négatives et « comme du teflon » sur les expériences positives.

Si en terme de survie, cette façon de fonctionner de notre esprit est salutaire, dans notre monde actuel, bien plus sûr, celle-ci peut devenir problématique puisque « même quand vous vous sentez détendu, heureux et connecté, votre cerveau continue à scruter les dangers, les déceptions et les problèmes interpersonnels potentiels ». C'est pour cette raison, qu'alors que tout va bien, nous nous focalisons sur le moindre détail qui va de travers.

Cette propension a voir plus facilement le négatif est par ailleurs renforcée par le fait démontré que le cerveau traite plus rapidement les informations négatives. Et à trop voir le négatif et à s'y accrocher, volontairement ou non, on peut finir par avoir tendance à ruminer nos idées noires et par dégrader notre bien être.

Réaliser que ce mode de fonctionnement de notre cerveau entraîne une vision biaisée de notre existence est un premier pas vers le mieux être car il nous permet de comprendre que s'il est normal d'être attiré par le négatif, pour autant celui-ci ne constitue pas l'intégralité ni même la majeur partie de notre expérience du monde.

Et c'est ainsi qu'en développant notre attention, notamment grâce à la pratique de la pleine conscience, il devient possible, instant après instant, de lâcher-prise le négatif et d'identifier, pour s'en nourrir, tout le positif qui traverse notre existence.

Bonne journée à vous !

Christophe BOMBLED