Notre Dame des Landes

"Le motif de base de la résistance était l'indignation. Nous vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre, nous appelons les jeunes générations à faire vivre, transmettre, l'héritage de la résistance et ses idéaux. Nous leur disons : prenez le relais, indignez-vous ! Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature des marchés financiers qui menacent la paix et la démocratie.

Je vous souhaite à tous, à chacun d'entre vous d'avoir votre motif d'indignation. C'est précieux."

Stéphane Hessel

samedi 25 février 2017

Requin à la Réunion : Accuseriez vous la montagne ?


Requin : Accident à la Réunion - Février 2017

Rien n’est plus inadmissible que la mort de celui que l’on aime. Rien n’est plus insupportable que la douleur de la disparition d’un parent, d’un ami brutalement happé en pleine vie. Nous comprenons l’immense peine car nous l’avons vécue.

Pourtant, la douleur n’est pas bonne conseillère. Car la réaction épidermique qu’elle suscite s’apparente à une vengeance, mais n’apporte certainement pas le recul nécessaire à la réflexion. Aucune pêche punitive, aucune vengeance n’apaisera la douleur, aucun massacre ne résoudra le problème.

Nous nous proposons d’apporter ici des éléments qui pourraient permettre d’éviter l’horreur des accidents dus aux requins, sans pour autant mettre en œuvre une politique d’éradication des requins.
Responsabilité

En effet, chers Messieurs Flores et Kelly Slater, vous qui êtes les héros et les idoles d’un sport éblouissant, que diriez-vous à un skieur qui s’engagerait dans un couloir d’avalanche le jour où le risque est maximum ? Vous lui suggéreriez probablement de renoncer à pratiquer sa passion, dans cet endroit, ce jour là. Que penseriez-vous si, malgré vos avertissements répétés et bien que la zone soit interdite au ski, cette personne s’engage dans le couloir et meurt emportée par une avalanche ?

Accuseriez-vous la montagne ? Non, bien sûr, vous diriez : « Cette personne, éprise de liberté, a mesuré le risque et choisi en conscience de pratiquer sa passion. Elle en assume la responsabilité. Il n’y a pas à chercher de coupable, de bouc émissaire ».

Ce 21 février, à l’embouchure de la ravine de Saint André, le risque était maximum. Il avait beaucoup plu. La rivière était en crue depuis 2 jours. L’eau était trouble, chargée de toutes sortes de déchets de matières organiques qui attirent les requins. Ces requins avaient été repérés et signalés. Les bodyboarders avaient été plusieurs fois avertis de leur présence les jours précédents. De plus, toutes activités nautiques étaient interdites dans la zone.

Le risque était maximal, l’horrible accident a eu lieu.

Le requin a été déclaré coupable. Les pêches punitives ont été lancées par la préfecture.

Le 27/08/2016, à Boucan Canot, le surfeur, averti de multiples fois par les maîtres-nageurs-sauveteurs, a rejeté vivement tous les avertissements et s’est engagé le soir après 17h00 : le risque était maximum, l’accident a eu lieu… Alors que la flamme rouge était hissée, et que les activités nautiques étaient formellement interdites ce jour là.

Qui accuse-t-on ? Le requin ! Les pêches punitives sont lancées. Inutile de dire que l’on n’attrape jamais le requin qui est cause de l’accident. En revanche, tous les requins qui passent par là sont mis à mort.

Respecter les règles du milieu dans lequel on pratique son activité

Comme toutes les activités de nature, votre sport magnifique, et que j’admire particulièrement - se pratique dans un écosystème complexe, peu contrôlable – et c’est ce qui en fait sa richesse -. L’eau, les courants, le vent, le récif, les méduses, les requins et bien d’autres éléments le composent. La vague n’est que l’une des composantes de cet écosystème. Elle ne peut être considérée indépendamment. Elle ne peut-être déconnectée du milieu, il donc nécessaire de respecter les règles de ce milieu.

Vous avez raison de revendiquer la liberté de pratiquer votre belle activité, et vous semblez assumer le risque qu’elle vous fait courir, risque des vagues géantes, risque de noyade, risque de heurts violents avec le récif (n’est-ce pas monsieur Flores), risque de collision avec un partenaire… Selon surf prévention, les accidents de surf sont 8 fois sur 10 le résultat d'une collision avec une planche, que ce soit la sienne ou celle d'un autre. Mais le risque requin, lui, vous le refusez.

Si vous ne souhaitez pas respecter les règles du milieu sauvage, il faut pratiquer en indoor. L’escalade en est un bon exemple. Ceux qui pratiquent en falaise respectent les règles imposées par la montagne, ils n’accusent pas le rocher lorsque le piton cède. Ceux qui ne souhaitent pas respecter les règles naturelles pratiquent en salle et peuvent réclamer la sécurité des murs.

L’appâtage massif pour la pêche renforce le problème

Vous demandez l’abattage massif des requins à la Réunion…

Mais c’est la politique qui est mise en œuvre depuis maintenant 3 ans ! Des centaines de requins bouledogues, tigres, blancs ont été tués. Des centaines de requins qui ne seraient probablement jamais restés à la Réunion, s’ils n’avaient été massivement appâtés. Jamais, on a autant massacré joyeusement les requins, parce que jamais on ne les avait autant attirés dans les zones de baignade. Au point que requin bouledogue, requin tigre et requin blanc, qui ne vivent pas dans le même milieu, qui n’ont pas du tout la même écologie, sont capturés dans la baie de Saint Paul le même jour (15 oct 2015) !!!! Pour tous les scientifiques, pour tous ceux qui connaissent les requins, c’est un indice qui ne trompe pas, et qui montre que les requins sont attirés et fixés sur les côtes réunionnaises.

On est en droit de s’interroger sur la pertinence de cette politique d’éradication, que vous souhaitez renforcer, et qui est à l’œuvre depuis 3 ans. On peut même se demander si, depuis mars 2015, les accidents ne sont pas le résultat direct de cette politique massive d’appâtage pour la pêche des requins.

La Réunion est le seul endroit au monde où l’Etat finance massivement (plusieurs millions d’euros engagés ou promis) un programme d’élimination de requins contre l’avis de l’ensemble de la communauté scientifique, sans aucun contrôle des dépenses publiques, sans aucune analyse scientifique sur les pertinence et l’efficacité du programme, sans limite de durée. Comme vous pouvez en juger, ce programme de pêche massive n’a pas obtenu les résultats promis par le Comité régional des Pêches Maritimes de la Réunion qui touche massivement les subventions. Ce programme n’a pas réglé le problème, mais l’a renforcé, en attirant et en fixant toujours plus de requins.

Est-il raisonnable de détruire un écosystème pour pratiquer une activité ludique ?

Doit-on demander l’éradication d’une espèce pour pratiquer une activité ludique, quand on veut, où on veut, sans respecter aucune règle ?

Est-ce raisonnable ? Est-ce acceptable ? Est-il souhaitable de rentrer dans une telle spirale ? Et après les requins, qui faudra-t-il éradiquer ?

Pour éviter les accidents ? Respecter les règles de base du surf comme les disaient les moniteurs de surf en 2006 :

Ce que nous suggérons pour réduire au maximum les risques d’accidents, est exactement ce que les moniteurs de surf eux-mêmes suggéraient, il y a dix ans, après deux accidents, les 21 et 27 août 2006 (Au Pic du Diable à Saint-Pierre). Je cite le Quotidien de la Réunion du 28/08/2006 : « Arrêtons de prendre des risques », voilà le message que l’ensemble des moniteurs de surf ont souhaité faire passer hier après l’attaque de requin, « Il faut arrêter de surfer après 16h00, surtout en hiver, mais également au lever du jour. Cela fait partie des règles de base du surf. Il faut avoir une attitude plus responsable ! »

Dans le même journal Autre adage : « Redoubler de prudence sur les sites dangereux, décider de rayer définitivement les sites dangereux. A chaque accident, on s’aperçoit que l’homme a modifié le milieu, ordures, station d’épuration et chasseurs qui traînent des poissons à la ceinture.» L’appâtage massif actuel pour capturer les requins est l’une de ces perturbations.

Apprendre les règles du milieu, les respecter, c’est cela la liberté du surfeur !

François Sarano
Fondateur de l’association Longitude 181, pour le collectif Longitude 181, ASPAS, Sea Shepherd, Fondation Brigitte Bardot, Requin Intégration, Sauvegarde des requins, Tendua, Vague.

jeudi 16 février 2017

L'illusion d'abondance


EST-CE QUE vous savez le temps que l’on passe dans les
Magasins, avec son caddie en tôle, roues souvent tordues, et
Quelquefois rétives,
Le sac accroché vigilant, la liste dans sa tête ou couplée au
Crayon, pas forcément le temps nécessaire pour tout faire,
Surtout les étiquettes qu’il convient d’ « oeillader » par raison,
Bien pister pour éviter les surprises « composites »,
Ceux qu'il vaut mieux oublier, en réservant les "acceptables"!

APRES, c’est la chasse aux produits, qu’on finit par n’plus voir
Tellement ils se ressemblent, tellement ils nous agressent,
Les marques connues, remisées, les plus ou moins coûteuses,
Les promos, les gondoles qui s’immiscent dans le choix,
Les surprises nouveautés, dérivés, ceux qu’on prend
Ou qu’on a déjà pris, et la tête qui survole les rangées
Pour trouver la réponse avant de décider.

Y A UNE PETITE CHOSE, juste une toute petite mais
Dont je ne me priverai, c’est la jolie rencontre
Des yeux qui se retrouvent, souvent ceux des seniors,
Couples, seuls, avec enfants ou sans, un peu lents,
Qu’on recroise plusieurs fois, quand ils cherchent ou hésitent,

LE SOURIRE QU'ILS te donnent, et auquel tu réponds,
Pour moi « cadeau bonux » dans le rythme effréné
Des travées qui s’allongent.

QUELQUEFOIS le p’tit conseil qu’ils vont te demander,
A toi la « dame » un peu plus jeune mais dont les yeux
Invitent, parce que tout simplement tu les as regardés..
Attraper le sachet ou le pot qui s’étaient refusés
A leur petite taille ou à la main tremblante,
Et ce sont encore les yeux qui se font une parade
Et le souriant merci qui gonfle ses œillades..

L'HUMAIN S'FAUFILE PARTOUT si on veut l’accueillir,
Il n’empêche que ces lieux où l’on se croit « vivants
Sont mortels pour ceux qui n’y font que passer.
Pour moi, résiduellement, une pensée citoyenne et même
Mondialisée, sur la décence inversée des profusions marchandes,
Où l’on se sent coupable rien qu’en les regardant,
Dont nos placards grimacent une fois bien alignés,
Et qu’une fois bien au chaud dans nos maisons celliers,
On peut se dire « merci pour nous d’être bien nés » !!

ALORS NON, là je coince, je dis stop, j’n’en veux plus
De cette fonction d’otages qui nous est imposée,
Même dans les marchés, les « normaux », ou les « bio »,
Toujours en foule légumes, fruits, poissons, victuailles,
L’impression d’être libres d’œuvrer pour sa santé,
Oui certainement pour ceux qui en ont le loisir, le temps,
« les sous » quoi qu’on dise, quoi qu’on nous le martèle..

AU-DELÀ DES MERS, très loin, mais pas forcément
Et souvent par chez nous, y a des caddies qui « pleurent »
De ne pouvoir rouler car y a rien à produire
Y a rien à marchander, presque rien à manger,
Et les images s’arrêtent sur des enfants mourants,
Oui je sais, c’est facile, et pourtant merde, c’est vrai..

ALORS DE TEMPS EN TEMPS, je laisse mes placards
Vider leur profusion, dégeler leur bombance,
Retrouver les gestes des anciens quand un petit oignon
Se prom’nait sur du pain, et que l’économie n’était
Pas encore fric, mais seulement pur bon sens,
Partagé, concerté, reconnu, « paysan ».

ET ENCORE pas parlé du non alimentaire,
De tout dont on s’ passerait si on n'y cédait pas,
Il faut des circonstances pour qu’on retourne notre veste,
Décide de « décroisser », et encore pas facile
Tellement l’caddie des villes, comme le rat de la fable,
Ont l’appel invasif, et inondent nos âmes.

EST-CE QU'ON LE POURRA, est-ce que c’est faisable,
Débrancher la puissance du trop plein consommé ?
Je veux bien le rêver.
En attendant, tenter d’y croire
Et faire ce que je peux.

Francoise Nalet - 9 juin 2012

mercredi 15 février 2017

Pollution industrielle : deux fois plus de cancers autour de l’étang de Berre

Une étude réalisée par une équipe d’universitaires et relayée par le journal en ligne Marsactu révèle que les habitants du pourtour industriel de l’étang de Berre sont victimes des rejets de l'industrie lourde.

Une épaisse fumée s'étend sur l'étang de Berre le 14 juillet 2015, 
lors d'un incendie dans une raffinerie de pétrole. 
Photo Boris Horvat. AFP

C’est un scandale sanitaire qui ne surprend malheureusement personne. Les habitants des villes de Fos-sur-Mer et de Port-Saint-Louis-du-Rhône, dans le département des Bouches-du-Rhône, sont deux fois plus frappés par le cancer, ainsi que par des maladies chroniques comme l’asthme et le diabète. Pouvait-il en être autrement ? Depuis les années 60, la population locale est sacrifiée sur l’autel de l’industrie lourde. Raffineries, dépôts pétroliers, usines chimiques et métallurgiques, traitement des déchets etc., les habitants du pourtour de l’étang de Berre vivent et travaillent à proximité de sites ultra-polluants. L’étude publiée en janvier par un collectif de scientifiques américains et français, mise en exergue par le journal Marsactu, rend compte pour la première fois de façon chiffrée des conséquences sanitaires de ces activités industrielles.

Une étude prise en main par la population

Les autorités ont longtemps cherché à minimiser les risques pour la santé. «Il a souvent été répondu aux habitants qu’il ne s’agissait que de rumeurs, que la pollution n’était pas plus importante ici qu’ailleurs. Et s’il y avait beaucoup de personnes dans leur entourage atteintes de cancer, c’est parce qu’ils se connaissaient tous», explique Yolaine Ferrier, anthropologue doctorante à l’EHESS Marseille et co-auteure de l’étude.

Désormais, les habitants des zones industrialisées de l’étang de Berre pourront brandir l’étude comme une arme afin de défendre leurs intérêts et peser dans les discussions locales. Car les résultats du rapport sont aussi accablants qu’indiscutables. Sur les 800 personnes interrogées, 11,8% «ont ou ont eu un (ou plusieurs) cancers», contre une moyenne française de 6%. A l’intérieur de cette statistique les femmes payent le plus lourd tribut avec 14,5% d’habitantes touchées par le cancer, contre une moyenne nationale de 5,3%.

Cette surreprésentation s’explique par une exposition quotidienne à une très forte pollution atmosphérique. Un «cocktail» formé à partir de centaines de rejets nocifs qui vont de la poussière de métaux, de l’amiante au plomb, en passant par le chlore et les PCB. Le tableau dressé est d’une noirceur absolue. Les risques sont accentués par la consommation de poissons et de coquillages très souvent chargés en perturbateurs endocriniens. La méthode utilisée pour l’étude a été importée des Etats-Unis. Elle a préalablement été testée dans plusieurs sites industriels du monde et consiste à faire directement participer les habitants en soumettant un questionnaire à un échantillon aléatoire, à la manière d’un sondage. Ces personnes sont ensuite invitées à prendre part à l’analyse des résultats via des ateliers organisés dans chacune des deux villes. Afin de «réfléchir à la présentation et à l’utilisation de ces résultats», indique le rapport.

«Sous-estimation»

Fort de cette méthodologie, l’étude se veut extrêmement fiable. «S’il y a un biais dans notre étude, c’est un biais de sous-estimation et non pas de surestimation. Premièrement, parce que les gens les plus gravement malades n’étaient pas en mesure de participer à l’étude. Deuxièmement, il y a beaucoup de pathologies qui ne sont pas encore diagnostiquées, comme les maladies auto-immunes», précise Yolaine Ferrier. Outre le cancer, le rapport présente un taux de diabète et d’asthme deux fois supérieur à la moyenne nationale parmi la population de la zone d’étude. Un premier aperçu des conséquences de la pollution industrielle, car comme l’explique Yolaine Ferrier, «ce n’est qu’un début». Faute de financement, l’étude n’a pas encore pu traiter la totalité des analyses récoltées. Ce qui n’a pourtant pas empêché l’agence régionale de santé PACA de saisir sa tutelle nationale pour analyser les résultats de l'étude.


"Où est le progrès quand les gens meurt trop tôt et en plus grand nombre ...
à cause de ce progrès ?
Bruno BOMBLED

dimanche 5 février 2017

Ce que m’inspire l’affaire Fillon

Celui qui a écris le scénario de cette présidentielle 2017 devrait être nominé aux césars. Je n’ai jamais vu une campagne aussi déroutante, une campagne où tout se mêle, un « dégagisme » - pour reprendre le mot de la France Insoumise - révélateur d’un immense ras-le-bol des élites méprisantes, l’espoir de voir l’idée d’écologie sociale et solidaire émerger enfin à gauche, mais aussi l’ancrage du nationalisme, du remplis sur soi, de la peur, du retour en arrière, de la remise en cause de la République par ceux même qui sont sensés vouloir la représenter et une clémence décomplexée, pour leur train de vie à la moralité douteuse, par ceux qui les soutiennent.

Ainsi depuis quelques semaines nous découvrons, au travers du « PenelopeGate », que « Monsieur Propre » ne semble plus l’être autant que cela. Un « PenelopeGate », qui se transforme, peu à peu, en « Affaire Fillon » tant son épouse ne semble plus qu’être une victime collatérale, une victime suppliciée et non une coupable, victime d’un homme qui se serait servi d’elle pour enrichir - au mieux - sa famille. Titiou Lecoq, dans le Slate du 3 février 2017, résume assez bien le doute qui s’installe : « Je m'étais déjà dit que quand tu filais un emploi fictif à ta femme, ça me paraissait logique de la prévenir. Histoire qu'elle ne dise pas, dans plusieurs interviews, qu'elle n'a jamais travaillé pour toi. Pourquoi cette erreur? À moins que cette femme soit tellement considérée comme quantité négligeable que, du coup, tu ne lui expliques rien. Et des années plus tard, à cause de toi, cette femme se retrouve au milieu d'un scandale politique qui la dépasse largement ». Alors qu’on était en train de se demander comment Monsieur allait se sortir de ce mauvais pas, on a entendu, admiratif d’une telle abnégation, Gérard Longuet déclarer que Pénélope Fillon se serait résignée à un salaire de misère (non mais sur quelle planète vivent-il ?) en étant l'assistante de son époux malgré l'absence de preuves, à l'heure où j'écris ces lignes, de travaux effectués et de présence sur le lieu de travail. C’est alors que leur avocat, pensant trouver l’argument imparable, nous a révélé que la permanence parlementaire de François Fillon se trouvait … dans son manoir (journal 20 minutes). Impayable !!! Avec un avocat comme ça, on n’a pas besoin d'adversaires politiques. Alors c’est lorsqu’enfin a entendu Fillon dire qu’«elle a toujours travaillé dans l’ombre car ce n’est pas son style de se mettre en avant» que l’on s’est dit qu’il ne s'en sortait vraiment pas !

Ainsi à l’entendre dire, « Je le dis ce soir, je la défendrai, je l'aime, je la protégerai et je dis à tous ceux qui veulent s'en prendre à elle qu'ils me trouveront en face », on a envie de lui répondre, «Ce n’est pas ta femme qui est en cause, ballot, c'est toi ! ».

Quoi qu'il en soit, entre vous et moi, vivre comme un nabab du moyen-âge (Le Seigneur de Beaucé se voit recevoir, par fermage, 218kg de viandes fraîches et 21 quintaux de blé), aux frais des français pendant que ces derniers tirent la langue à chaque fin de mois, tout en leur demandant de faire encore et toujours plus d'efforts, a quelque chose de profondément immoral. « Pour le commun des salariés, obtenir une augmentation - en général modeste - peut être un parcours de négociations souvent difficile. Mais certains ont une idée tellement élevée de leur rôle, de leur mérite et de leur personne que leur rémunération ne leur apparait jamais suffisante. Ainsi tous les moyens sont bons, y compris utiliser leur femme (à son insu ?) » Nous dit Marc. Comme quoi, avoir une foi revendiquée, en caution d’une politique que l’on sait violente et antisociale, ne veut pas obligatoirement dire que l'on a une morale. « François Fillon, qui appelle tous les jours les chômeurs et les malades à se serrer la ceinture, qui veut supprimer des milliers d'emplois de fonctionnaires, était non seulement un député fictif (12% de présence à l'assemblée nationale) mais a aussi embauché ou fait embaucher sa femme sur un emploi fictif. C'est scandaleux » résume assez bien Yannick Jadot.

Mais l’affaire Fillon, a révélé d'autres aspects tout aussi choquants. Ainsi, outre une moralité pécuniaire finalement assez douteuse de l’intéressé, nombre de ses soutiens se sont lâchés dans des postures et des idées qui me semblent inquiétantes pour la démocratie.

Ainsi le 3 février au matin sur France-Inter, on a pu entendre, à la sortie du meeting de « sa majesté qui reçoit le bon peuple au château », un militant de déclarer « la presse ça fout la merde ! ». Michèle Alliot-Marie ne dit pas autre chose « toute cette transparence rappelle à une dictature communiste ». Bruno Retailleau, chez Jean-Jacques Bourdin, ira dans le même sens : « le début de la campagne de François Fillon a été volée. On nous aura volé le début de cette campagne, c’est très grave ». Proposons-lui de déposer plainte contre Le Canard enchaîné pour « vol de campagne ». Et alors quoi ? Vous voulez un pays sans presse ou aux ordres ? Hé ! Vous savez ce que c'est qu'un pays sans presse libre ? Ainsi, après les propos, plus que douteux, d'un certains nombres de militants LR de Nice et de ses environs, sur l'immigration, en voici d'autres qui remettent en cause la légitimité de la liberté de la presse. L'extrême droitisation de la droite dite « républicaine » est plus que préoccupante.

De son coté Marine Le Pen, celle-là même qui fait éjecter, violemment, des journalistes (Cf. Paul Larrouturou - « le quotidien » - 1er février 2017), contre tous les principes de liberté de la presse, en réagissant sur « l'affaire Fillon », tape sur les juges. « La République des juges, qui ont le pouvoir de compromettre un homme ! » dit-elle très offusquée ! Mais une république où les juges ne sont pas là pour garantir la justice et appliquer le droit, ça s'appelle comment ? Ceci ne serait-il pas un petit avant goût de ce que nous réserve un FN qui serait au pouvoir ? Bienvenu dans la fachosphère, j'ai envie de dire, mais attention, tout de même, aux chemises brunes qui attendent dans les penderies.



Alors, pour sauver ce qui peut l’être et ripoliner, une dernière fois, ses habits de chevalier blanc, in fine, François Fillon a annoncé qu’il renoncerait à la présidentielle s’il était mis en examen. Quand on connait toutes les étapes qu’il faut passer pour mettre en examen un parlementaire et que l’on apprend qu’il existe une trêve de la justice, de plusieurs semaines, avant le premier tour et pendant toutes la période des présidentielles, on se dit que cette déclaration est une belle posture de pure forme, sans risque et faite à peu de frais ... et il le sait. Ainsi donc il peut se présenter avant d’être mis en examen et s’il est élu ... l’affaire sera balayée !

« Ainsi, aujourd’hui, nous sommes face à une responsabilité historique : ce pays peut basculer du côté du populisme mais aussi choisir l'espoir » nous dit Yannick Jadot. Mais cet espoir ne sera possible qu'avec une coalition EELV-FI-BH, car avec une telle coalition et devant la débandade de la droite, le chemin de l'espoir est un boulevard. Si nous n'arrivons pas à le prendre, ce boulevard, cela démontrera, une fois de plus, que la France possède la Gauche la plus con du monde.

mardi 31 janvier 2017

Hamon, Jadot, Mélenchon, unissez-vous !


La victoire de Benoît Hamon sur Manuel Valls est une belle surprise, qui rouvre le champ de l’espoir : l’écologie et la justice sociale seront bien dans le débat de l’élection présidentielle, portées par trois candidats, MM. Hamon, Jadot et Mélenchon. Il faut aller plus loin : viser l’union ou l’alliance.


Que de surprises, dans cette campagne présidentielle ! Qui aurait dit il y a un an que François Fillon battrait Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ? Qui aurait dit voici neuf mois qu’Emmanuel Macron serait un possible candidat de second tour ? Qui aurait dit il y a six mois que Benoît Hamon porterait les couleurs du Parti socialiste ?

Célébrons d’abord une bonne nouvelle : Manuel Valls est balayé. Cet homme dangereux et autoritaire a été battu à plate couture par Benoît Hamon dans le deuxième tour de la primaire de la « Belle alliance populaire », dimanche 29 janvier, par 58 % à 41 %. C’est un score digne des « Experts », l’équipe française de handball qui, le même jour, a remporté la Coupe du monde par 33 buts à 26.

Maintenant, où en sommes-nous ? A moins de trois mois du premier tour de l’élection présidentielle, qui aura lieu le 22 avril, le jeu semble bien posé : dans l’ordre alphabétique, François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, et Jean-Luc Mélenchon ont chacun(e) des chances raisonnables de se placer dans une des deux positions de tête. Des surprises pourront encore venir, notamment d’un éventuel effacement de M. Fillon, rattrapé par son comportement népotiste (« népotisme : abus de quelqu’un qui use de son autorité pour procurer des avantages aux gens de sa famille »), d’un effondrement de M. Macron à la façon de Balladur, chéri des sondages, en 1995, ou de tout autre événement, les surprises étant par définition imprévisibles.

Cinq compétiteurs, donc. Représentant avec Fillon une droite dure néo-libérale, avec Le Pen une droite xénophobe et nationaliste, avec Macron une voie néo-libérale de type Fillon mais ouverte sur les questions sociétales, avec Hamon, un socialisme en recomposition axé sur l’écologie, avec Mélenchon, une gauche alliant exigence écologique et de justice sociale.

Résultat du quinquennat de M. Hollande, qui a appliqué une politique néo-libérale contraire à ses engagements de 2012, le Parti socialiste est déchiré entre les néo-libéraux, qui se rallieront - surtout les parlementaires - à Emmanuel Macron, et une base désireuse de revenir à gauche. M. Hamon aura du mal à gérer cet éclatement : il aura l’ascendant dans un parti qu’il connaît parfaitement, mais il ne pourra éviter la fuite d’une partie de ses élus.

La droite, de son côté, va se déchirer, avec un Fillon coincé par la rivalité de Mme Le Pen et l’attraction exercée par le jeune Macron, expert en communication et privilégié par l’oligarchie.

Concrétiser l’union entre l’exigence écologique et 
le souci de justice sociale

Jeu très ouvert, donc. Hamon peut-il nuire à l’essor de Mélenchon ? Sans doute, et c’est l’inquiétude qu’avaient de très nombreux citoyens soucieux de donner le plus de force possible à la dynamique de La France insoumise. Mais la victoire de Hamon permet aussi un éclatement possible du PS et une recomposition d’une force opposée au productivisme qui unit les trois candidats de droite. Elle permet aussi de mettre les questions de la transition écologique au centre du débat, puisque trois candidats la porteront avec force, MM. Hamon, Jadot et Mélenchon.

Mais il faut aller plus loin. Ce qui est en jeu, dès cette année, c’est la formation de cette force qui empêchera la France de glisser vers un régime nationaliste de nature fasciste, ou vers un régime néo-libéral autoritaire appliquant la stratégie du choc. Ce qui est en jeu, c’est la concrétisation de cette union entre l’écologie et la justice sociale, dans une démocratie renouvelée, union à laquelle aspirent tant de citoyens, et qu’expriment tant d’alternatives, de mouvements, de pensées depuis dix ans.

Messieurs, vous avez maintenant une lourde responsabilité

MM. Mélenchon, Hamon, et Jadot, vous avez maintenant une lourde responsabilité. La première est de ne pas vous déchirer, d’aller à cette bataille présidentielle en parfaite courtoisie et respect réciproques, sans céder aux tentations qui vous seront proposées par des médias aux mains des oligarques de vous blesser les uns les autres.

Mais il y a plus encore : vous devez chercher l’union. Certes, le programme de La France insoumise, discuté et réfléchi de longue date, a le mérite de l’antériorité et de toutes celles et ceux qui y ont participé. Certes, M. Mélenchon et ceux qui le soutiennent peuvent arguer de la logique de leur stratégie, et critiquer les errements du Parti socialiste et donc de son actuel champion. Certes, et c’est peut-être le plus important, s’il y a mille points d’accord entre vous sur la transition écologique, sur la politique fiscale, sur la démocratie, la politique étrangère et le rôle de l’Etat font débat, et même parfois opposition.

Mais nous sommes des millions, en France, à penser que ce qui vous unit est plus important que ce qui vous sépare. Pour l’avenir, Messieurs Hamon, Jadot, et Mélenchon, parlez-vous, travaillez ensemble, préparez l’avenir. Et même si nous savons que la vie politique est âpre et la concurrence sévère, nous savons que de belles surprises peuvent encore arriver : unissez-vous !


Signez les appels 
Hamon, Jadot, Mélenchon : un candidat mais pas trois !

Celui de Marc Dufumier, Professeur émérite, AgroParisTech, 
Gérard Filoche, Inspecteur du travail et Membre du Bureau National du PS et 
Marie-Monique Robin, Réalisatrice : SIGNEZ ICI

Ou celui de Change.org : SIGNEZ ICI

samedi 28 janvier 2017

Le Club de Rome avait raison

En 2012, le Club de Rome célébrait le quarantième anniversaire de son célèbre rapport - "les limites de la croissance" - dit aussi Rapport Meadows, du nom de son principal rédacteur. Ce rapport avait été présenté au public le 1er mars 1972, à partir d’une commande faite par le même Club de Rome (créé en 1968) au Massachusetts Institute of Technology (MIT) en 1970.

A l’occasion de cet anniversaire, un des organisme en charge du rapport, le Smithsonian Institution, a rendu public une version actualisée pour 2012 du rapport de 1972. Il s’agissait, en fait d’un second rapport, utilisant la même méthodologie que le premier, avec les mêmes acteurs, le Club de Rome commanditaire et le MIT exécutant. Les instruments d'analyse ont cependant été modernisés, pour tenir compte des importants progrès accomplis dans les méthodes d'observation et de prévision.

Le point essentiel, que tous les gouvernements, que toutes les entreprises, tous les média auraient dû noter, est que le rapport de 2012 a confirmé celui de 1972. Celui-ci donnait soixante ans au système économique mondial pour s'effondrer, confronté à la diminution des ressources et à la dégradation de l’environnement. La situation est confirmée par la formule du Smithsonian Magazine, "The world is on track for disaster…", autrement dit, "tout se déroule comme prévu pour que survienne le désastre".

Ce désastre, comme le résume le physicien australien Graham Turner, qui a succédé à Dennis Meadows comme rédacteur coordonnateur, découlera du fait que, si l'humanité continue à consommer plus que la nature ne peut produire, un effondrement économique se traduisant pas une baisse massive de la population se produira aux alentours de 2030.

Courbe du rapport Meadows :
Courbe dans le grisé : mesures faites avant 1972. 
En pointillés : modélisation de l'évolution si rien ne change
En gras et après 1972 : mesures faites et comparées au modèle.

Le désastre n'est donc plus loin de nous, mais tout proche. 2020 est d'ailleurs considéré par certains experts comme une date plus probable. L'effondrement pourrait se produire bien avant 2030. Les rapporteurs font cependant preuve d'optimisme, en écrivant que si des mesures radicales étaient prises pour réformer le Système, la date buttoir pourrait être repoussée.

Mais rien ne sera fait, aucune mesure radicale ne sera prises. Le système économico-politique, ne peut, ne veut se réformer. Les gouvernements, les entreprises et les médias convergent pour que tout continue comme avant, business as usual, et ceci jusqu'au désastre. Pour preuve l’absence de publicité, par aucun des acteurs énumérés, à la publication de cette seconde version du Rapport.

Insistons sur le fait que ce n'est pas seulement le réchauffement global qui est incriminé par les rapporteurs, mais plus généralement l’épuisement des ressources et, au-delà, d’une façon plus générale, le saccage catastrophique de l’environnement sous toutes ses formes, autrement dit “la destruction du monde”. Pour l'empêcher, il ne faudrait pas seulement réduire nos émissions de gaz à effets de serre, mais s'imposer une décroissance radicale, à commencer par celle qui devrait être mise en œuvre dans les pays riches, qui sont les plus consommateurs et les plus destructeurs.

Vains espoirs car l'abrutissement des masses se poursuit par la télévision et le consumérisme interposés. Pas de quoi donc couper l'appétit à une humanité qui se moque de son empreinte écologique comme de sa première couche. Pas de quoi couper l'appétit à des politiques qui bétonnent et saccagent au nom du dieu croissance. Les opinions publiques se rassureront en faisant valoir que si ce nouveau rapport n’a pas été discuté, si des milliers d'experts, de tous ordres, ne le mentionnent pas, c'est parce qu'il est le produit d'un étroit groupe de pression comptant sur le catastrophisme pour prospérer.

En 2017 le rapport Meadows est toujours d’actualité car rien n’a vraiment changé en profondeur. Las, on peut se demander à quoi cela sert d'avoir raison trop tôt si c'est sans effet. Quarante cinq ans plus tard, au bord du précipice, les choses ne semblent pas vouloir bouger.

Selon Médiapart, agoravox et Pablo Servigne